CECI n'est pas EXECUTE 9 mars 1845

Année 1845 |

9 mars 1845

Victor de Persigny à Alfred de Falloux

Doullens, 9 mars 1845

Mon cher ami,

Un de mes plus grands regrets en retournant à ma prison de Doulens a été de partir avant votre arrivée à Paris. Et de perdre cette occasion de vous voir au milieu de votre famille. J'aurais été bien heureux de poque par le passé : mais différentes circonstances  ne m'ont pas laissé cette liberté et j'ai dû me consoler en emportant votre livre, résolu enfin à donner toute mon attention à ce résultat de vos travaux et de vos méditations. Je dois d'abord vous dire pour que vous me pardonniez tout à fait de ne pas l'avoir lu plus tôt que depuis le jour où j'ai commencé mon travail sur les Pyramides, jusqu'à ces derniers jours je n'ai pas eu une heure à ma disposition. Mon ouvrage que vous recevrez sous peu de jours a absorbé tous mes instants et même aujourd'hui je me vois accablé du soin de la publication ; c'est une foule de lettres à écrire aux savants et aux sociétés savantes de l'Europe pour provoquer leur attention sur le nouveau système que j'ai entrepris de prouver. Enfin, j'arrive à votre livre que j'ai lu avec la plus sérieuse attention et sur lequel je dois vous dire mon opinion. Et d'abord je dois vous faire connaître ma première impression. Quand j'ai vu qu'il s'agissait d'une œuvre d'une si haute importante, d'un livre qui n'est pas seulement une histoire, mais d'un apostolat, je me suis trouvé singulièrement embarrassé ; car comment me permettre d'avoir une opinion sur des matières de cette nature ? Je voulais donc d'abord me récuser, me borner à vous féliciter vous homme de fortune et de loisir d'utiliser votre vie à de nobles travaux, et à vous complimenter de tant de talent qu'annonce votre ouvrage. Mais après de sérieuses réflexions j'ai pensé que vous aviez droit d'attendre plus que cela d'une amitié éprouvée depuis dix ans ; je me suis dit aussi que sans tomber à l’œuvre apostolique et me bornant à considérer l'historien je pouvais vous communiquer une impression avec la confiance d'une amitié sincère. Enfin j'ai trouvé dans votre livre un si remarquable talent d'écrivain, une plume si habile et si brillante que vous croyant appelé à jouer un rôle très élevé dans la propagation des idées  <en religion?> et monarchiques, j'ai cru de mon devoir de ne rien vous dissimuler de mon sentiment. Je ne suis qu'un membre de ce public auquel vous vous adressez, mais il peut vous être utile de connaître exactement l'effet de votre livre sur toutes les classes de la terre. A ce titre mon opinion peut avoir à vos yeux la valeur d'une vérité, et je vous la dois entière absolue, sans déguisement. Et d'abord si votre intention en écrivant la vie de Pie V avait été seulement de relever aux yeux de l'histoire le caractère de grand homme, votre but me paraîtrait atteint de la manière la plus complète. Désormais ce sera pour moi une des plus grandes figures de l'histoire. J'ai suivi avec un véritable entraînement le développement que vous faites de cette grande pensée. Et j'ai été tout étonné de voir sortir de ce cahos [sic] sanglant des luttes religieuses une si grande une si sainte figure. Je comprends donc parfaitement quelle admiration vous avez dû éprouver en étudiant cette glorieuse vie puisque cette admiration vous me l'avez fait partager. Mais en faisant le tableau de cette grande lutte religieuse qui a fini par partager le monde chrétien en deux camps, vous avez si vivement continué la lutte, le catholique militant paraît si fortement préoccuper l'historien, qui en raison des circonstances présentes où se trouve la chrétienté, l'autorité de votre parole peut en être affaiblie. Dieu me garde de ne pas applaudir à l'énergique expression de votre foi. Mais en me plaçant sous le point de vue de vos convictions, quelque indigne que je sois, il me semble que dans l'intérêt même de l’Église catholique, vous aviez avantage à ne pas traiter si sévèrement ses ennemis. Est-il vrai, est-il juste de dire que le grand schisme qui a séparé le nord du midi de l'Europe n'ait été produit que par de petites causes? Un misérable esprit de révolte est-ce là tout le secret de cet immense mouvement des esprits qui a enfanté de part et d'autre tant d'héroïsme, tant de martyrs, comme aussi tant de crimes, tant d’infamies, de cette révolution enfin qui a produit Pie V, le réformateur lui aussi des abus introduits par les inévitables décompositions du tems [sic] au sein de l’Église catholique ?  Ces grandes évolutions de l'humanité, qui toutes, quelle que soit leur nature politique religieuse ou sociale ont entre elles un singulier caractère de ressemblance et sont en quelque sorte comme la maladie, morale, de l'esprit humain doivent nécessairement avoir des causes plus grandes, plus générales, que les accidents d'une révolte, et dans tous les cas, la question de la réformation domine tellement le siècle où s'agite et se déploie l'âme de votre grand saint, qu'elle devait être, je crois,  sérieusement soumises aux investigations de l'historien. La foi du catholique n'avait rien à craindre  d'une haute impartialité, elle avait au contraire beaucoup à gagner en faisant bon marché des hommes de l'un et de l'autre camp. Car si le catholicisme est dépositaire de la véritable tradition, de la loi divine, qu'a-t-il à craindre de la souillure des hommes ? Qu'importe que la corruption et les abus de l’Église ou tout autre cause ait provoqué le grand schisme? Les fautes de nos rois si elles ont amené la révolution doivent elles- pour cela faire proscrire la monarchie ?Sur ce terrain élevé vous pouvez donc traiter vos adversaires avec moins de sévérité et je le répète avec plus d'impartialité. Vous vous élevez avec une juste indignation contre les accusations qui rendent le catholicisme responsable des crimes commis par d'infernales passions au nom du catholicisme. Non la religion de Pie V n'a rien de commun avec les absurdités  politiques qui ont causé la décadence de l'Espagne, avec les atrocités du Mexique et le crime de la St Barthélémy. Mais en repoussant avec chaleur de si injustes reproches, vous êtes vous suffisamment garanti de cette tendance des sectaires à frapper les doctrines de leurs adversaires de la réprobation  due aux mauvaises passions du cœur humain? Etes-vous juste, êtes-vous vrai, par exemple, quand vous faites d'un misérable aventurier, d'un de ces bandits, Étienne des <mot illisible>, que la rivalité des puissants a de tous temps décoré de lettres de marque, le représentant du protestantisme, la personnification de ces implacables champions cette nouvelle parole évangélique ? N'est-ce pas imiter la manière de l'école voltairienne ? Et ce mot implacable, n'avez-vous pas craint qu'il ne réveille de biens <autres> souvenirs ? Permettez-moi de vous le dire, vous vous êtes noblement inspiré du zèle, de la pureté de votre saint pape. Mais n'avez-vous pas épousé la sévérité ? Comment avez-vous pu justifier la monstrueuse politique de Philippe II à l'égard des Maures. Cette politique qui a privé l'Espagne de deux millions de ses plus industrieux sujets et a été la plus grande cause de sa décadence? Soumettre un peuple vaincu à la religion, aux lois, aux usages, l'assimiler enfin à l'organisation du peuple vainqueur a été de tous temps l'une des plus difficiles opérations de la politique. Les suites d'une conquête sont ordinairement mille fois plus affligeantes pour l'humanité que la conquête elle-même ; parc que le plus souvent la main brutale du vainqueur dans son impatience de cueillir les fruits de la victoire ne fait que les gaspiller. Et cependant les exemples ne manquent pas à l'histoire. Les vrais grands hommes qui ont eu le temps de gouverner les peuples subjugués ont tous réussis à assimiler ces nouveaux peuples ; et leur secret est bien simple : admettre les vaincus aux droits comme aux obligations du vainqueur ; unir les deux nations par les mariages ; élever les fils des principales familles de populations conquises avec les enfants des conquérants ; tendre par tous les moyens à mêler les intérêts des deux peuples ; enfin se soumettre rigoureusement aux lois communes aux usages de la religion les populations conquises [mot illisible] et à mesure que les deux peuples se confondent. Voilà et sans parler des dispositions de la force à conserver la politique du bons sens, de la dignité humaine. Mais il est une autre politique, politique des siècles barbares et qu'on pourrait proposer aux caprices des enfants avides des choses impossibles, si l'indignation de l'histoire ne devait pas la flétrir énergiquement ; politique qui traite les vaincus comme un peuple de parias ; décrète leur croyances comme comme un tarif de douane ; insulte non seulement à leur <mot illisible>, mais à tous leur sentiments, à tous leur préjugés ; les parque dans de lointaines provinces, dans de [mot illisible] quartiers des villes ; et les condamne enfin à cet isolement farouche où s'exalte le fanatisme, où s'aiguisent les armes du désespoir, où se forgent les fers de la dégradation humaine ; où se perpétuent enfin les croyances qu'on voulait détruire et les haines qu'il fallait appaiser [sic]. Telle est la politique qui explique l'existence de la race juive, la politique qui a privé l'Espagne de deux millions de sujets et la chrétienté de deux millions d'enfants adoptifs. Or, je le demande, comment le christianisme peut-il être incité à une politique aussi barbare et aussi néfaste ? Comment une religion de charité n'a-t-elle pas su inspirer la politique de la sagesse et de la vertu ? Mais me direz-vous l’Église défend les mariages avec les infidèles et les hérétiques, et par conséquent l'Espagne catholique était nécessairement privée de ce puissant moyen de s'assimiler les populations vaincus : alors je baisse la tête ne voulant pas toucher aux questions qui concernent la foi ; je me bornerai à dire que l'argument pouvait justifier Philippe II, le reproche s'adressait alors à Pie V, car pour moi je ne crois pas, je ne croirai jamais qu'une religion ne puisse unir la foi et la science. Permettez-moi de vous dire mon sentiment à ce sujet car je dois vous rendre compte des impressions diverses que m'a fait éprouver votre livre. Vous êtes un apôtre du catholicisme, et si j'ai pensé souvent depuis quelques années aux choses de la religion, c'est par l'influence de votre amitié. Je vais donc me laisser aller à dire toute ma pensée. La religion ayant pour objet non seulement de préparer l'homme à la vie future, mais de le diriger dans la vie présente, la foi ne saurait être séparée de la science. De là la nécessité pour la religion de <monter> à la tête du progrès de l'esprit humain. Et c'est l'histoire de l’Église pendant quinze siècle. Pendant quinze siècle elle a présidé le monde dans toutes les voies ouvertes à la civilisation ; elle a été à la tête de tous les progrès ; et telle a été son immense et heureuse action sur le monde que fait l'histoire de l’Église, c'est faire l'histoire de la civilisation moderne. Rien n'est <plus> beau, rien n'est plus fertile en enseignement que cette magnifique période. L’Église traverse des siècles barbares armée de son flambeau divin, et dissipe peu à peu les ténèbres ; mais dans sa marche elle se revêt de toutes les transformations que subit la société elle-même ; elle ne cesse de se modifier à chaque pas qu'elle fait. Après chaque grand progrès, elle s'arrête, inquiète d'elle-même, s'examine, se modifie, se réforme, et après ce travail sur elle-même, continue sa marche glorieuse. Comme un peuple libre l’Église a eu ses états généraux pour mettre son organisation en harmonie avec les inévitables transformations du temps. La foi et la science se sont entendus dans dix neuf conciles œcuméniques, mais entre  le 18ème et le 19ème, entre celui de Basle qui condamne le pape et celui de Trente l'hérésie, un grand schisme vint diviser le monde chrétien. Malheureusement, le concile de Trente vint trop tôt ou trop tard ; trop tard pour prévenir la réforme, trop tôt pour pouvoir reconstruire la chrétienté. Quoiqu'il en soit depuis le concile de Trente l’Église est restée stationnaire, et elle est séparée du présent par trois grands siècles de progrès en tout genre, ou si vous voulez de transformation de toute nature. Un abîme effrayant sépare l’Église de la civilisation européenne. Je sais bien que beaucoup d'esprit éminents dans la chaleur de leur zèle pieux, n'aperçoivent point cet abyme ou s'efforcent d'en détourner les yeux, mais l'immense majorité de ce qui constitue l'opinion en Europe en est vivement frappé. Le désaccord entre la foi et la science voilà la véritable cause du doute, de l'incrédulité, de l’irréligion, des haines, de l'indifférence et de beaucoup de mauvaises passions de part et d'autre. C'est la raison du malaise des esprits, de la difficulté, de l'impossibilité peut-être de réunir le monde chrétien. Les uns rejettent la foi au nom de la science, les autres repoussent la science au nom de la foi. Double erreur aussi funeste l'un que l'autre, car la première <mot illisible> l'homme à ne considérer que la vie présente, la seconde  à ne se préoccuper que de la vie future ; c'est-à-dire que celle-ci est contraire à toute société si elle n'était pas une impossibilité manifeste, et celle-là la favorable à tous les mauvais instincts de la nature humaine. Et voilà dans quel cahos [sic] est tombée la chrétienté depuis que la foi et la science ont été désunis. Mais on se le demande, existe-t-il des <bonnes> recettes de désunion entre la foi et la science. Non mille fois non. Pour l'homme qui s'élevant à une haute impartialité, confond dans un égal amour  la foi et la science, ces deux bienfaits de Dieu, il n'y a rien dans l'ensemble des connaissances qui soit contraire à la religion du Christ. Je pourrais examiner toutes les sciences les unes après les autres, aussi bien les sciences morales et philosophiques que les sciences physiques, de montrer avec quelle facilité la religion pourrait se les assimiler. Je ne citerai qu'un détail pour rendre mon idée. Entre les savants et les interprètes des saintes écritures, il y a une guerre [mot illisible] au sujet de la création. Les uns attaquent la foi, les autres repoussent des faits scientifiques incontestables, et cependant chose merveilleuse, la création de la genèse est tout à fait conforme aux lois géologiques connues. L'homme n'est arrivé sur la terre que le dernier et à ce sujet la querelle ne porte donc pas sur un mot, sur le sens du mot jour, sur une <mot illisible> enfin. Quelle valeur donner en effet au temps avant que la lumière fut créée, avant que la terre fut assujettie aux lois admirables de l'harmonie du monde ?  Pauvre humanité si jamais la foi et la science n'avaient un plus beau sujet de s'embrasser et jamais elles n'ont été plus divisées. Voilà la science forcée de se mentir à elle-même en renfermant l'histoire du monde dans un cadre chronologique impossible ou de devenir impie ! Et la religion condamnant les plus nobles efforts de l'esprit humain, pour satisfaire  à de véritables chimères ! et tout ce désordre pourquoi ? Pourquoi l'état de l’Église n'est point en harmonie avec l'état de la connaissance humaine, parce que depuis trois siècles, la chrétienté ne s'est pas réorganisée , que l’Église a failli en ce point à ses antiques traditions, à la loi même de son existence, c'est-à-dire à l'obligation de marcher à la tête des sciences de suivre les transformations inévitables des sociétés, de se modifier et de se réformer elle-même; parce qu'enfin, après trois siècles de progrès et de transformations en tous genres, l’Église en est encore au Concile de Trente, à ce concile tenu en des tems [sic] de colère et que depuis trois siècles la chrétienté a besoin d'un 20ème concile pour réunir tous ses enfants épars et divisés. Voilà, mon ami, et à part la singulière incorrection de mon style que je vous prie d'excuser ainsi que mon griffonnage, voilà, dis-je, les idées qui me préoccupaient en lisant votre livre. J'espère que vous ne vous étonnerez pas de ma franchise. Il était nécessaire de vous expliquer pourquoi je n'ai pu vous suivre dans le développement de votre pensée. J'ai admiré avec vous le zèle, la pureté l'infatigable activité de votre Saint Pape, j'ai admiré le talent de l'écrivain la manière dont vous présentez le tableau de cette vie si remplie, la clarté que vous avec introduite dans le cahos [sic] d’événements, mais j'ai cru voir dans votre livre la continuation de la lutte, l'apologie constante de tout ce qui appartient au parti catholique la désapprobation de tout ce qui tient au parti protestant. Il m'a semblé que préoccupé de justifier les catholiques vous faites quelques fois bon marché des autorités historiques. Comme par exemple dans le portrait que vous faites de Marie Stuart et d'Elisabeth. Certes ce sont là des passages admirables, je ne crois pas qu'il y ait rien de mieux écrit dans notre langue. Mais vous refaites tout le procès de Marie Stuart sans aucune pièce du procès. Je ne m'étendrais pas davantage sur ce sujet ; car il est tems [sic] de terminer cette longue lettre. Je vous ai dit au commencement que je ne voulais pas juger le catholique mais seulement l'historien  et il se trouve que j'ai été conduit par la nature du sujet à attribuer à l'écrivain tout le mérite et au catholique les défauts de l'ouvrage. Ainsi j'ai malgré moi et contre mon intention première touché à la foi, et condamné le catholique militant dans sa sincérité. Je vous demande donc sincèrement pardon de tout ce qui pourrait vous déplaire à cause de ma sincère amitié.  Un autre intérêt m'a engagé à vous dire toute ma pensée. Il se fait un mouvement religieux dont le monde chrétien commence à se préoccuper. En France tous les esprits élevés tachent de se retremper dans les idées religieuses. Un besoin de foi de croyance tourmente les consciences, en Angleterre au sein de l’Église anglicane, dans l'Université d'Oxford même, des idées favorables à l'unité de la chrétienté commencent à se faire jour. On dirait qu'une grande crise religieuse se prépare. L’Europe qui tend à se réunir par les idées, par les sciences, verra peut-être bientôt les idées religieuses remplacer les théories politiques et dans de telles circonstances que de <mot illisible>, que de prudence devrait montrer le parti catholique pour attirer des esprits, pour les préparer à une régénération  religieuse. Malheureusement, et je me fais un devoir de vous dire mon sentiment tout entier, votre parti pardonnez-moi cette expression peu relevée, vous, M. de Montalembert et les principaux représentants de la foi catholique en France, je crois que vous vous abusez. Le mouvement qui se fait aujourd'hui est religieux simplement ; et il n'est pas plus catholique que protestant. Vous pourrez sans aucun doute le diriger et le faire servir au catholicisme ; mais c'est à la condition que l’Église fasse d'immenses concessions à l'état actuel de la société, et comble elle même le vide entre la foi et la science. Malheureusement vous ne semblez pas apercevoir le vide, vous ne paraissez pas comprendre les besoins de l'esprit public.  Forts de ce réveil des idées religieuses, vous marchez fièrement, ouvertement à votre but, sans vous inquiéter des dissidents. Eh bien que Dieu veuille que je me trompe, je vous vois marcher à la ruine de l’Église catholique. Si réellement l'opinion publique vient à s'échauffer sur les questions religieuses, vous serez immédiatement débarrassés et la France sera entraînée dans d'autres voies. Voilà, mon cher ami, ce que j'avais à vous dire ce que m'inspire mon amitié. Voilà enfin pourquoi j'ai cru devoir blâmer dans votre livre des tendances qui me paraissent imprudentes. Encore une fois pardonnez-moi ma franchise, excusez l'incorrection, l'incohérence de cette lettre et ne voyez dans tout ce que je vous dis u'une preuve de ma vive, de mon éternelle amitié.Votre tout dévoué.

Victor de Persigny

P.S. Si vous ne me trouvez pas suffisamment catholique, je vous dirai qu'en revanche je compte dans ma famille un des plus dévoués partisans du pape. L'abbé de Fialin, mon grand oncle, frère de mon grand-père et une <mot illisible> réclamation s'était fait quelque réputation parmi le clergé de  [mot illisible]. Comme Campanella1, il ne voulait rien moins que décerner au pape une autorité universelle tant sur le plan temporel que spirituel de toute la chrétienté. Mr. Louis Reybaud le cite dans la Revue des deux mondes (juillet 1842, p. 7). Toutefois je ne sais pas s'il a écrit des ouvrages et je serais très curieux de les connaître. Si par hasard vous en aviez entendu parler vous me feriez plaisir de me donner des renseignements à ce sujet. Veuillez me dire aussi si le Galliae Chritiane de Sainte-Marthe2 a été continué au delà de 1728, la dernière édition.

Notes

1Tommaso Campanella (1568-1639), moine dominicain et philosophe italien. Monarchiste et ultramontain, il s'était montré partisan d'une théocratie pontificale.
2Œuvre majeure des théories gallicanes, publiée en quatre volumes en 1656 par les frères jumeaux Scévole et Louis de Sainte-Marthe.

Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «9 mars 1845», correspondance-falloux [En ligne], Année 1845, Années 1837-1848, Monarchie de Juillet, CORRESPONDANCES, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES,mis à jour le : 22/07/2011