CECI n'est pas EXECUTE 11 novembre 1885

1885 |

11 novembre 1885

Anne de Mackau à Alfred de Falloux

Paris, le 11 novembre 1885,

Mon cher oncle,

Voici bien des jours que je voulais vous écrire. Je suis en vérité bien en retard avec vous, et je vous en fais mes excuses. Mais j'ai été écrasé en arrivant ici et avant entre l'élection et mon départ par une quantité innombrable d'occupations et de devoirs de toutes les sortes. Mes derniers jours de congé ont été attristé par l'incident de Mun dont je voulais vous rendre compte. Je n'ai pas pu. Je vous adresserai chez vous la copie de la lettre qu'il m'a écrite 48 heures avant la publication de la sienne et de ma réponse faite par le retour du courrier. Mais son parti était pris. En arrivant ici j'ai été saisi par la nonciature, et beaucoup plus que je ne l'aurais voulu, à cause de l'amitié que j'ai pour de Mun, de tous les incidents. J'ai du enfin, à la demande de la nonciature, lui envoyer en Angleterre la demande qui l'a fait revenir pour recevoir la communication de la lettre écrite de Rome par Mgr di Rende1 au nom du pape. Cette lettre très affectueuse pour lui, ne pouvait guère lui laisser le choix entre la détermination à prendre. Il l'a fait sans hésiter une seule minute et avec une spontanéité qui je vous assure l'honore. Je crois lire, mon cher oncle, que vous me trouviez trop indulgent pour lui. Mais je vous assure que si je trouve son projet un acte de folie, je trouve sa résignation, étant donné tout ce qui l'entoure bien méritoire. La g[ran]de responsabilité de tout cela revient à l'Univers – surtout à Melle V[euillot]2. et à votre évêque qui après l'avoir lancé, l'a lâché dans son journal et lève maintenant les bras au ciel en se récriant sur la folie de sa tentative. Tout cela n'est ni admirable ni consolant. J'espère, mon cher oncle, que vous n'êtes pas trop mécontent de votre santé ; je voudrais être plus satisfait que je le suis de la jambe d'Humbert3 qui ne lui laisse guère grandes facilités ambulatoires. Le brave garçon m'a rendu les plus grands services pendant l'élection et continue depuis à organiser et à suivre mon arrond[issemen]t avec une régularité et une tache dont je lui suis bien reconnaissant. L'affaire de Mun l'a bien intéressé – Il l'a suivi avec une grande exactitude – Son esprit juste avait dés le premier jour trouvé le [mot illisible] de la cuirasse. Je ne voudrais pas jurer qu'il ne soit pas plus sévère que moi pour le pauvre Albert. Quant à Élisabeth4 elle continue à régner à Vimer5, tout comme si nous n'étions pas en République. Chacun s'en accommode fort bien et elle devient plus bavarde que jamais. Pour moi je mène ici la plus misérable des vies, essayant à obtenir l'union entre gens qui la veulent tous et prennent le meilleur chemin pour la compromettre. J'ai eu ce matin une conversation d'une heure avec l'hôte de la rue de Varenne6. Lui aussi croit les choses plus faciles qu'elles ne le sont. Enfin je ne désespère pas d'arriver grâce à Bisaccia7. Au revoir, cher oncle, pensez quelque fois à mon triste sort ; plaignez-moi et croyez à ma bien vive et respectueuse affection.

Armand

Si La Brière8 est auprès de vous, veuillez bien lui faire mes amitiés et lui demander ce qu'il devient. Je n'ai plus entendu parler de lui.

Notes

1Dans cette lettre écrite le 4 novembre 1885, le nonce à Paris, Mgr di Rende, pressé par le Comte de Paris et avec l'aval de Léon XIII, invitait A. de Mun à renoncer à l'organisation d'un parti catholique.  
2Élise Veuillot (1825-1911), sœur de Louis et Eugène Veuillot.
3Humbert, Alberic Marie Octavien de Quinsonas (1856-1903), gendre d'Armand de Mackau, marié à sa fille Marie Félixine de Mackau (1860-1891).
4Élisabeth Marie de Quinsonas (1883-1969), petit-fille d'Armand de Mackau.
5Propriété de la famille de Mackau, située sur la commune de Guerquesalles, dans l'Orne.
6Le comte de Paris habitait le rez-de-chaussée de l'Hôtel Galliéra, aujourd'hui hôtel de Matignon, situé rue de Varenne.
7La Rochefoucauld, Marie-Charles-Gabriel-Sosthène, duc de Bisaccia, puis duc de Doudeauville (1825-1908), homme politique. Élu à l'Assemblée nationale en 1871, il sera réélu de 1876 à 1889. Légitimiste, il contribua au renversement de Thiers, puis après avoir tenté, en vain, de convaincre le comte de Chambord de s'engager dans la « fusion », il déposa le 15 juin 1874 une proposition en faveur d'une restauration immédiate qui ne recueillit que 64 voix.   
8La Brière, Léon Albert Marie Leroy de (1845-1899), entré au ministère des affaires étrangères, il s'engagea peu après dans le corps des zouaves pontificaux participant à la bataille de Mentana (3 novembre 1867). Capitaine des mobiles de l'Eure durant la guerre de 1870, il devint chef d’État major du général Roy. Il fut ensuite nommé sous-préfet de Baugé (Maine-et-Loire), de Vitré (Ille-et-Vilaine) et de Gaillac (Tarn). Ayant préféré donné sa démission en 1877, il collabora à L'Union et donna de nombreuses conférences en faveur du comte de Chambord. Rayé, en 1880, des cadres de l'armée pour s'être opposé à l'expulsion des dominicains de Paris, il collabora à plusieurs journaux conservateurs (Le Clairon, le Gaulois, la Gazette de France et Le Soleil).

Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «11 novembre 1885», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, 1885, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES,mis à jour le : 07/04/2013