CECI n'est pas EXECUTE 18 novembre 1866

Année 1866 |

18 novembre 1866

Alfred de Falloux à Victor de Persigny

Bourg d'Iré, 18 novembre 1866

Mon cher ami,

Je traverse en ce moment une piteuse veine de santé, et, dans ces veines là, rien ne me fait plus souffrir que la voiture et le chemin de fer. Je n'ai donc pas une chance prochaine d'aller à Paris ni à Chamarande1. Je le regrette doublement d'après ce que vous voulez bien me dire. Si vous avez bien réellement la pensée qu'une solution satisfaisante peut encore être donnée aux cruels problèmes qui nous divisent vous auriez bien grand tort de ne pas tout épuiser pour y réussir, et chacun de nous aurait un égal tort s'il refusait de vous seconder.Peut-être ne croyez-vous pas pouvoir venir au Bourg d'Iré sans susciter des commérages dans la presse. Je dois vous en laisser juge. Pour mon compte, ce que je puis vous affirmer, c'est que je ne le redoute ni ne m'en préoccupe. En tous cas, ne pourriez-vous pas envoyer au Bourg d'Iré un de vos secrétaires ou un de vos amis. Le Bourg d'Iré reçoit très souvent des inconnus qui le visitent au point de vue agricole et souvent aussi, quand ces inconnus sont bien élevés, je leur offre l'hospitalité. Personne ici ne concevrait donc le moindre étonnement si votre envoyé se présentait comme un touriste et passait près de nous tout le temps qui lui conviendra. Soyez sûr, mon cher ami, que l'empire est engagé dans une voie au bout de laquelle il n'y a que des abîmes. Si la conscience n'y était pas si directement intéressé, on s'arrêterait par frayeur ; mais soyez sûr aussi que pour l'honnête homme comme je le comprends et comme j'en connais beaucoup, la frayeur ne dominera pas la conscience, et, au milieu de tous ces déchirements, l'anarchie se fera jour un beau matin, et la société française sombrera encore une fois. Tout cela vaut bien quelques conversations mêmes inutiles. Maintenant êtes-vous libres de faire prévaloir votre propre pensée ? Avez-vous quelque certitude de la faire écouter. Je ne vous demande pas là-dessus des réponses, bien entendu, mais je veux seulement vous indiquer que, si je ne vois au Bourg d'Iré ni vous ni personne de votre part, je ne vous en rendrai nullement responsable au fond de mon coeur et je ne vous en saurai pas moins un très grand gré de votre de votre première ouverture. Au revoir donc en tous cas et mille amitiés bien vraies.

Alfred

Notes

1Situé dans l'Essonne, dans la commune du même nom, le château de Chamarande, était depuis 1857 propriété de Victor de Persigny.

Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «18 novembre 1866», correspondance-falloux [En ligne], Second Empire, Année 1852-1870, Année 1866, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES,mis à jour le : 12/04/2013