CECI n'est pas EXECUTE 20 septembre 1870

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20 septembre 1870

Jules de Bertou à Alfred de Falloux

Tours1, 20 septembre 1870

Cher ami,

Janicot2 m'ayant fait demander par Antoine de vous appeler ici et de venir moi même pour l'aider dans l’œuvre difficile d'improviser un comité de direction ou de correspondance avec les points de la France avec lesquels on peut encore communiquer. J'y suis accouru et grâce au tohu bohu général des chemins de fer j'y couche n'y étant arrivé que peu d'instants avant le départ du train qui aurait du me conduire à S[ain]t Patrice3.

Janicot a mille fois raison de penser et de dire que notre dernière espérance est dans l'urne du 2 octobre4, mais comment s'en tirer? Certes votre avis, votre direction seraient infiniment utiles ; mais votre santé vous permettra-t-elle de nous en apporter le précieux concours, c'est bien douteux et je me suis gardé de lui donner un espoir qui me paraîtrait chimérique. Jusqu'ici il n'y a personne avec qui se concerter, il veut écrire à Andral et à quelques autres mais seront-ils à même de venir? Je n'en sais absolument rien.

Madame de Castellane voulait, quand je suis parti de Rochecotte, vous envoyer un exprès porteur d'un appelle [sic] pressant et j'ai même eu quelque peine à la dissuader d'aller elle même vous chercher et cependant alors je croyais à quelque chose de plus avancé que ce qui existe ou plutôt n'existe pas ici.

Je n'ai pas réussi à voir l'amiral5 aujourd'hui, il est accablé de travail et d'audience et malgré mon vif désir de causer un moment avec lui des intérêts électoraux d'Antoine j'ai du renoncer à pénétrer jusqu'à lui. Melle Madeleine6 avait écrit à ses parents pour les consulter sur le voyage dont je vous ai parlé, sa mère a répondu qu'elle comprenait et approuvait ses motifs mais en même temps elle est arrivée par le train qui m'a amené ici. Je n'ai pu échanger avec elle qu'une poignée de main et ce ne sera que demain que j'apprendrai ce qui aura été décidé sur cette équipée. Mad[ame] de Cast[ellane] a déjà tenu un langage plus ferme ce matin contre le voyage de sa belle fille offrant d'y aller avec moi et moi offrant d'y aller seul pour y conférer avec les amis auvergnats qui n'ont pas répondu un seul mot aux lettres du candidat.

Je n'y vois plus clair et il faut finir et bien vite pour ne pas manquer la poste.

A vous, Jules.

Notes

1Bertou loge à l'Hôtel de l'Univers.
2Gustave (1830-1910), journaliste français. Secrétaire de Genoude puis de Lourdoueix, Janicot fut rédacteur, puis directeur de la Gazette de France, journal légitimiste.
3Commune d'Indre-et-Loire où se situe la gare la plus proche de Rochecotte, la demeure de Pauline de Castellane.
4Fixée dans un premier temps au 2 octobre 1870, l'élection d'une Assemblée nationale sera, compte de la situation interne, repoussée dans un premier temps au 16 octobre 1870, puis au 8 février 1871.
5Sans doute l'amiral Pothuau. Pothuau Louis Marie Alexis (1815-1882), vice amiral en 1871, élu député en 1871, il  sera ministre de la Marine et des Colonies sous  la présidence de Thiers (21 février 1871 – 24 mai 1873). Nommé sénateur en 1876, il occupera à nouveau le portefeuille de la Marine dans le gouvernement Dufaure (12 décembre 1877-5 février 1879). Il deviendra par la suite ambassadeur à Londres (1879 à 1880).
6Madeleine-Anne-Marie Le Clerc de Juigné (1847-1934), épouse, depuis 1866, d'Antoine de Castellane.

Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «20 septembre 1870», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, 1870, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES,mis à jour le : 18/12/2012