CECI n'est pas EXECUTE 9 janvier 1874

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9 janvier 1874

Bourg d'Iré, 9 janvier 1874

Cher ami,

Je crois qu'une de vos lettres au moins nous a manqué, mais la lettre d'Antoine [de Castellane] est arrivé avant-hier, et je l'en ai remercié avant-hier, et je l'en ai remercié hier. Avez-vous reçu mon petit mot où je vous prie de m'excuser près de Mme du Saulier1 sur mon impossibilité d'aller à Vern2 avant la saison un peu radoucie. Je reviens maintenant sur un vieux arriéré.

Si c'est pour me faire plaisir, comme vous semblez le dire, que vous ajouterez un passage à vos articles municipaux en cas de brochure, pour constater la bonne foi de l'extrême-droite3, mais son manque de jugement, je vous demande bien instamment de n'en rien faire. Ce serait, à mon sens, donner une insuffisante idée ou de votre sagacité en cette occasion, ou de votre bonne foi, et je préfère de beaucoup votre silence. Je crois que le public n'entrerait pas plus que moi dans la théorie par laquelle vous me dites que les leçons en politique sont inutiles, parce qu'elles ne font pas plaisir à ceux qui les reçoivent. Si l'on ne donnait des leçons, en politique ou ailleurs, qu'à ceux à qui elles font plaisir, on n'en donnerait presque jamais. En histoire, les leçons de donnent pour la satisfaction de la conscience de l'historien et pour le profit des esprits désintéressés et justes, qui doivent se retrouver quelque part ou bien ce n'est pas la peine d'écrire. Croyez-vous, par exemple que l'évêque d'Orléans ait fait plaisir à M. Veuillot et à M. Laurentie, en écrivant sa lettre sur le scandale d'Orléans4, et croyez-vous qu'il aurait mieux valu plaider leur bonne foi ? Tout ceci vous est dit, cher ami, non pour vous convertir à un point de vue spécial qui importe peu dans le déluge de maux et de sottises où nous nous noyons, mais pour que vous ne vous condamniez pas, uniquement par bonté envers moi, à un acte de complaisance qui ne satisfait ni moi ni vous.

Le bulletin du Bourg d'Iré est toujours peu brillant, et celui de Rome pas davantage. Rossi5 m'écrit qu'on y est tout malade et tout affligé. Mon départ est toujours probable, mais ne sera décidé que quand ma poitrine aura fait un pas en avant et l'hiver un pas en arrière. Mille et mille tendresses.

Alfred

1?

2Sans doute Vern d'Anjou, commune du Maine-et-Loire, proche de la Loire-Atlantique.

3Fidèle au légitimisme, Jules de Bertou était vraisemblablement plus indulgent à l'égard des légitimistes intransigeants que ne l'était Falloux.

4Publiée chez Douniol, quelques jours auparavant, cette lettre de 8 pages adressée au rédacteur en chef de L'Univers, Louis Veuillot, portait sur l'exclusion du drapeau des zouaves pontificaux sur lequel figurait un fac-similé de l'étendard du Sacré-Coeur. L'évêque s'y justifiait des insinuations portées contre lui par Louis Veuillot qui avait laissé entendre qu'il était à l'origine de cette exclusion.

5Rossi, Alessandro (1818-1898), industriel et homme politique italien. Monarchiste et catholique, il fut élu député en 1866 puis sénateur quatre ans plus tard. 


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «9 janvier 1874», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES, 1874,mis à jour le : 20/07/2014