CECI n'est pas EXECUTE 1er février 1873

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1er février 1873

Angers, 1er février 1873

Cher ami,

J'ai passé encore la journée d'hier toute entière dans mon lit, et il me serait impossible de former encore un projet à date fixe ; mais ma résolution est toujours la même, et je vous arriverai dès qu'un peu d'adoucissement dans le temps coïncidera avec un peu d'amélioration dans mes doubles misères.

Je ne crois pas avoir reçu M. Deschamps1, et si je l'ai reçu, c'est au Bourg d'Iré, où il est resté ; c'est donc à Rochecotte que je jouirai de cette bienfaisante lumière, à supposer que aujourd'hui, la lumière puisse donner d'autres jouissances que celle de se sentir sous son rayon, quelque chose qu'il éclaire.

Nos conférences du cercle continuent avec succès, et j'en ai manqué une charmante, hier au soir sur Schubert ; c'est du quignon raffiné ! Pour me consoler, et pour vous consoler vous-même, cher ami, car quelquefois vous souffrez plus que moi de mes propres chagrins, je vous transcris quelques strophes des vers qui nous ont été adressés, avec une bonne grâce parfaite, par M. Cellier, dont le souvenir est lié pour vous au voyage manqué de Carcassonne ! Bonne année !

Bonne année au prélat...

Bonne année à celui dont la longue carrière ne compte pas un jour, un seul instant perdu qui s'en ira chargé, dans son heure dernière de calomnies et de vertu.

Au savant tout chrétien (1) qui connaît Heliogêne, Hermelies, Cyprèlios, et puis... etc. qui nous traduit la Bible et l'explique sans peine. Et Moïse dit: C'est bien ça.

Je vous l'envoie un peu en retard, mais je ne suis en possession de la copie écrite que depuis avant-hier.

Nos recherches pour l'ânesse paraissent devoir rester infructueuses en ce qui concerne Angers et l'Anjou ; mais Amédée de la Haye assure que le Poitou serait plus riche, et il pourra faire des démarches, si vous ne réussissez pas ailleurs à moins de frais, car pour le Poitou, il ne pourrait être question que d'une acquisition intégrale.

La discussion sur Lyon me paraît n'enfoncer encore que des portes ouvertes, et démontrer des culpabilités morales sans aboutir à des culpabilités judiciaires, ce qui permet à chacun de se donner infiniment raison devant son public. Cependant l'affaire Carayon2 pourrait avoir plus de portée, si le général Bressoles3 intervient carrément. Mais alors, pourquoi n'avoir pas déposé dans l'enquête4?

Je viens de voir Charles de Coqueray, plus brillant que jamais, et très éloquent dans une campagne contre l'Etoile, à propos de cette signature d'adresse que l'on va plus que jamais colportant de porte en porte. Au revoir, au revoir, Alfred.

 

(1) Le docteur Farge

1Deschamps, Adolphe (1807-1875) homme politique belge, député de Charleroi, ministre des Travaux publics (1843-1845), puis des Affaires étrangères (1845-1847). Leader des catholiques belges, il est comme son frère Mgr Deshamps, évêque de malines, proche des catholiques libéraux.

2Carayon-Latour, Philippe Marie Joseph (1824-1886), homme politique. Légitimiste intransigeant, il est député de la Gironde à l'Assemblée nationale de 1871 ; il sera réélu jusqu'en 1878 date à laquelle il est nommé membre du sénat.

3Bressolles, Antoine Aubin (1828-1891), militaire, il avait été promu général en 1870.

4Le 31 janvier, J. Carayon-Latour avait pris la parole lors d'une séance au sénat pour accuser son collègue, le prefet du Rhone, Challemel-Lacour, d'avoir donné l'ordre formel au général Bressolles de fusiller des mobiles de la Gironde campés à Villeurbanne, aux environs de Lyon. Il réiterera son accusation quelques jours plus tard, le 19 fevrier, sans fournir la moindre preuve.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «1er février 1873», correspondance-falloux [En ligne], BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, Troisième République, CORRESPONDANCES, 1873,mis à jour le : 13/01/2015