CECI n'est pas EXECUTE 22 novembre 1885

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22 novembre 1885

22 novembre [1885]

Cher Monsieur,

Mme de C[astellane] continuant à souffrir, et surtout venant d'user ses forces à dicter des lettres pressantes, s'en remet à moi pour vous accuser réception de la bonne lettre qu'elle a reçue de vous et pour vous donner le petit bulletin de nos nouvelles. Bichette1 comme vous l'appelez avait commencé un brouillon de lettre pour vous, quand il a été pris de frisson, puis de fièvre assez forte pour qu'on ait vite demandé le médecin de Restigné2. Cela se passait vendredi soir. Le médecin ne constata qu'un accès de fièvre intermittent et il precrivit sulfate de quinine que le cher petit malade avalât hier matin. Depuis, la fièvre n'est pas revenu, mais l'enfant demeure fatigué, languissant sous le coup probablement d'un nouvel accès qui se prépare et que sur le conseil d'Herpin3 consulté par lettre on va chercher à écarter en administrant du quinquinat et du sulfate de quinine autrement que par la bouche, afin de ne pas fatiguer l'estomac.

La jeune Palma de Talleyrand4 est ici depuis vendredi avec une demie gouvernante. Elle a l'air bonne, n'est pas gênante, mais ce me semble un peu triste et effarouchée comme une enfant abandonnée. Sa mère5, qu'elle a vue à plusieurs reprises mais pour peu de temps depuis trois mois, doit venir la chercher ici la semaine prochaine.

C'est demain que le pauvre Boni6 saura son sort et que nous saurons le nôtre, car nous sommes tous sur la sellette avec lui. Son grand-père Juigné7 après avoir consulté à Angers, s'est décidé à aller consulter M. Hardy à Paris. Celui-ci a dit que c'était sérieux mais guérissable. Cette nouvelle a beaucoup attristé Mme de C[astellane].

Nous avons lu dans L'Union le mandement où M. Freppel annonce qu'il aura son tour pour développer les vérités contenues dans l'Encyclique, et aussi pour écarter toute interprétation qui tendrait à en dénaturer le caractère ou affaiblir la portée.

C'est une position prise. Evidemment il n'est pas sans se préoccuper des commentaires, sans doute trop modérés pour lui, que l'on fait du document pontifical.

La phrase d'Eug[ène] Veuillot dans L'univers trahit la même pensée quand il dit que la polémique sur l'Encyclique8 se prolonge. C'est une manière de dire, l'Encyclique m'ennuie : et si elle l'ennuie c'est qu'elle le gêne. Et où M. Eugène a-t-il vu qu'il y avait polémique, entre quels journaux, entre quels catholiques ? Est-ce qu'il voudrait insinuer par là que Le Monde, Le Moniteur de Rome, La Defense, Le Français désobéissent au Pape9 en parlant de l'Encyclique ?

L'abbé C[hapon]10 m'écrit d'Orléans que M. de Foucaut, l'ami de M. de Lacombe, est appelé à la rédaction du nouveau Moniteur de Rome.

Cher Monsieur, donnez-nous des nouvelles de votre gorge, de votre poitrine, de vos jambes, de vos oreilles. Nous avons besoin d'avoir des détails sur tout. Et croyez bien que malgré vos <mot illisible> méritées ou imméritées, les abbès ne vous en aiment pas moins respectueusement et tendrement.
Couvreux

1Castellane, Stanislas de (1875-1959), dit « Biche », petit-fils de Pauline de Castellane et frère cadet de Boniface.

2Commune de l'Indre-et-Loire, située non loin de Saint-Patrice, commune où se situe le Château de Rochecotte, demeure de Mme de Castellane.

3Autre médecin de la famille.

4Talleyrand-Périgord, Palma de (1871-1952), fille de Charles Maurice de Talleyrand-Périgord, duc de Dino (1843-1917).

5Elisabeth Beers Curtis (1847-1933), épouse, depuis 1867 de Charles Maurice de Talleyrand-Périgord (voir note supra).

6Castellane, Boniface de (1867-1932), dit « Boni », petit-fils de Pauline de Castellane.

7Juigné, Charles Gustave Leclerc de, comte (1825-1900), homme politique. Député de Loire-Inférieure de 1871 à 1898. Légitimiste ardent, il se fit inscrire à la réunion des Réservoirs. Sa fille Madeleine, mère de Boniface dit Boni et de Stanislas dit Bichette avait épousé Antoine de Castellane.

8Publiée le Ier novembre 1885, l'encyclique Immortale Dei tout en admettant, à rebours des catholiques intransigeants, le bien fondé des « libertés modernes » néanmoins pas totalement dans le sens voulu par les catholiques libéraux.

10Chapon, Henri-Louis (1845-1925), ecclésiastique. Ordonné prêtre le 22 mai 1869 par Mgr Dupanloup, il sera vicaire général et chanoine honoraire de Nantes (1894) puis nommé évêque de Nice en 1896.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «22 novembre 1885», correspondance-falloux [En ligne], BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, Troisième République, 1885, CORRESPONDANCES,mis à jour le : 28/11/2015