CECI n'est pas EXECUTE 3 mai 1875

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3 mai 1875

Edouard de Fitz-James à Alfred de Falloux

Paris, lundi 3 mai 1875

Chère Madame,

Je suis bien heureux des nouvelles que vous avez bien voulu me faire donner Monsieur de Falloux. J'en remercie aussi Bertou et votre jeune secrétaire dont j'oublie le nom en ce moment, ce que vous n'ajouterez pas pour ne pas donner de ma mémoire une triste opinion. J'espère que Monsieur de Falloux sera bientôt sur pied. Sa maladie est venue de toute façon bien mal à propos, et en particulier à Rochecotte où l'on aurait bien besoin de lui, j'en suis sûr.

J'ai laissé les informations que je vous donnais dans ma lettre de samedi, au moment où Madame de Juigné1 partait avec Antoine [de Castellane] pour Rochecotte pour où elle l'avait décidé à repartir, mais ce que je ne savais pas et ce que j'ai su ce soir, c'est qu'une correspondance télégraphique, et utre, s'échangeait à ce moment-là entre Madame de Castellane et Ernest [de Juigné]2 dans le but d'envoyer la démission d'Antoine du cercle du Jockey, démission qu'Ernest, vous le savez, avait depuis longtemps entre les mains et qui avait été remise dans le temps par Antoine à Madame de Castellane. Après maintes dépêches et hésitation Ernest a envoyé a envoyé la démission samedi soir, et j'estime qu'il a bien fait de le faire. Il en a prévenu aussitôt par le télégraphe à Rochecotte, mais personne n'a osé le dire à Antoine et l'on a mandé Ernest qui est arrivé à Rochecotte dimanche et a dit nettement à Antoine ce qu'il en était. Antoine a fait une scène violente, a déclaré que lui ou son beau-père devait sortir de Rochecotte. Ernest lui a dit avec beaucoup de calme qu'il ne s'en est irait pas. Antoine est descendu furieux à la gare d'où Madeleine [de Castellane]3 et l'abbé Couvreux sont parvenus à le faire remonter et rentrer à Rochecotte.

Madame de Juigné est revenue ce matin à Paris. Antoine et Madeleine arrivent à 5 h. Antoine prétend qu'il veut se montrer à Paris avec sa femme pour prouver que ce n'est pas elle avec qui il est mal, et ne pas avoir l'air d'être mis en pénitence.

J'ai bien peur qu'il ne veuille tenter de rejouer par bravade au cercle de l'Union ou ailleurs. Je crois que Madame de Castellane ferait bien de prendre sur elle l'entière responsabilité de la démission remise au cercle, dont Antoine accuse son beau-père puis partir de là pour dire à son fils qu'elle paiera ses dettes s'il accepte cette expiation comme il doit le faire et s'il rentre dans la bonne voie. Quelque coupable que soit Antoine, et je vous assure que je me sens peu d'indulgence pour lui, je trouve qu'après l'avoir forcé à sortir du cercle, il faut lui donner comme compensation le paiement de ses dettes s'il s'en montre digne.

Voilà chère Madame tout ce que je peux vous dire sur ce triste sujet aujourd'hui. Je vous tiendrai au courant car je sais comme cela intéresse de près votre cœur et celui de Monsieur de Falloux.

Veuillez je vous en prie, chère Madame, trouver ici comme toujours pour vous, M. de Falloux et les vôtres l'expression de mon respect et de ma très grande affection.

Duc de Fitz-James

 

 

 

1Charlotte de Juigné née de Percin de Montgaillard de La Valette (1825-1897), belle-mère d'Antoine de Castellane.

2Charles Léon Ernest Le Clercl, marquis de Juigné (1825-1886), homme politique. Propriétaire du château de Juigné-sur-Sarthe (Sarthe), il était membre de l'Assemblée nationale du 8 février 1871 où il siégeait avec les légitimistes; il était inscrit à la réunion Colbert et à celle des Réservoirs. Le comte et le marquis sont cousins. Plus modéré que son cousin, le marquis est un proche de Falloux. Il est le père de Madeleine de Castellane, épouse d'Antoine.

3Madeleine de Castellane (1847-1934), née Leclerc de Juigné ; belle-fille de Pauline de Castellane, mariée le 3 avril 1866 avec Antoine de Castellane.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «3 mai 1875», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES, 1875,mis à jour le : 28/12/2016