CECI n'est pas EXECUTE 13 août 1878

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13 août 1878

Alfred de Falloux à Pauline de castellane

13 août 1878

Chère Madame, un inutile voyage à Nantes au devant de mon frère1 qu’une souffrance d’un de ses compagnons a obligé de modifier son itinéraire m’a forcément mis en retard pour vous remercier de toutes vos intéressantes lettres. Je les ai lues avec beaucoup de reconnaissance et de profits mais je dois avant tout vous répondre au sujet de Séguin.

Sa mère est une excellente femme mais absolument bornée, qui consent et consentira à toute demande de son fils. En outre, elle ne connaît personne à Rochecotte et vous n’avez pas la moindre lumière morale à attendre de ce côté. Veuillez donc vous décider uniquement par votre propre jugement par votre propre jugement et vos propres convenances, en ne consultant que votre plus ou moins grande satisfaction du service de Séguin qui n’a aucun privilège de vieux serviteur à faire valoir.

Quant à votre prétention d’être plus libérale que moi, elle me semble fort osée, et je vous la ferai expier par des répliques foudroyantes, mais de vive-voix, car j’envisage grâce à Dieu, cette consolation comme prochaine et, pour le moment, je ne vais plus appartenir qu’à mon frère. Il aura vraiment besoin de trouver un bon accueil dans la maison, car on s’arrange pour lui rendre le dehors aussi pénible que possible. L’évêque d’Angers2 vient d’écrire au curé du Bourg d’Iré une lettre que je ne crois pas pouvoir analyser et dont je vous envoie le texte même en vous demandant de ne le point laisser aller au-delà d’Évian:

« Angers le 9 août 1878. Monsieur le curé, Je ne suis pas prévenu de l’arrivée de S. E. le cardinal de Falloux dans mon diocèse. En conséquence, votre ligne de conduite est bien simple. Vous aurez à vous abstenir de toute cérémonie religieuse, soit à l’Église, soit ailleurs jusqu’à ce que le chef du diocèse ait été prévenu par qui de droit.

Quant à la réception civile, s’il y en a, vous ne sauriez entourer de trop de respect et de déférence un prince de l’Église. Mais je ne pense pas que dans le deuil où se trouve la cour de Rome depuis l’invasion piémontaise, S. E. le cardinal de Falloux trouve beaucoup à des démonstrations extérieures.

Agréez, Monsieur le curé l’assurance de mon affectueux dévouement. » Signé Ch. Em. Ev . d’Angers.

Cette lettre, vous le remarquerez est datée du 9, et mon frère ne doit arriver qu’aujourd’hui le 13. Quelle information lui devait-il donc auparavant et quelle permission avait-il à lui demander pour venir au Bourg d’Iré, même en faisant abstraction des protestations réitérées de ce même évêque contre la promotion de mon frère ? En outre le cardinal3 ne pouvait aller dans l’église du Bourg d’Iré ni s’asseoir avec les chantres, ni prendre place dans notre banc entre M. de Bennetot4 et moi, il en résulte que cette lettre interdit tout uniment à mon frère de mettre le pied à l’église. La population a aussitôt témoigné une extrême indignation qui malheureusement porte aussi sur le curé, et sans que je puisse rien empêcher, on prépare toutes sortes de manifestations et d’arcs de triomphe dans le bourg qui seront autant de manifestations contre l’évêque et contre le clergé. J’ai même eu beaucoup de peine à empêcher que ce mouvement ne se transportât pas à la gare de Noyant, ce qui aurait eu encore beaucoup plus de retentissement.

Croyez bien, chère Madame, que cette nouvelle tristesse ne m’empêche pas d’être bien présupposé et bien impatient des nouvelles de tous les Castellane qui, je l’espère, vous embrassent à cette heure-ci.

A. de F.

 

3Mgr. Frédéric de Falloux.

4Secrétaire de Falloux.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «13 août 1878», correspondance-falloux [En ligne], 1878, CORRESPONDANCES, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, Troisième République,mis à jour le : 05/12/2017