CECI n'est pas EXECUTE 3 novembre 1880

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3 novembre 1880

Alfred de Falloux à Pauline de Castellane

3 novembre 1880*

Chère Madame,

Veuillez dire à l’ancien magistrat combien je suis touché de son souvenir, mais sans rien promettre de plus. Vous savez que j’admire modérément les hommes qui ont besoin d’être tant poussés pour marcher droit et que, pour mon compte, je ne me crois plus désormais aucune mission en ce temps-ci, ce qui ne m’empêche pas de demeurer un spectateur aussi passionné que désintéressé.

N’ayez aucune peur des menaces de M. des Houx1; ce sont des chiens de basse-cour qui aboient sans mordre et ne méritent qu’un coup de pied dédaigneux de temps en temps.

Je fais chercher en Belgique tout ce qu’on peut se procurer des publications de M. Dumont. Voilà qui devrait éclairer et stimuler Léon XIII ! Il est bien entendu que tout ce que j’obtiendrai, je vous le communiquerai, en vous demandant la pareille, si on vous envoie aussi quelque chose. Je me suis hâté de répondre à la lettre de M. Beslay2 en témoignant de mon mieux combien je comptais sur l’insertion de l’article, mais, en tous cas, il est important que l’abbé Bernard3 continue avec ardeur son travail plus étendu. Quand le conseil du Correspondant sera plus au complet, ce qui ne peut tarder, je demanderai qu’on installe le nouveau châtelain dans son poste et je ne doute pas que les conquêtes faites récemment à Rochecotte ne fassent aisément disparaître les compétitions. Les sénateurs catholiques sont réunis à Paris depuis hier pour préparer leur rentrée de session. On leur fait, de l’autre côté, un bien douloureux et bien beau rôle.

Je demande à Madeleine4 de ne pas oublier les excuses près de sa mère5, car ma niaiserie a été vraiment bien ridicule.

Nous avons pu faire notre jour des Morts sans que Madame de Caradeuc s’en aperçut et elle a fait tranquillement ses dévotions le dimanche et le mardi, sous prétexte que l’abbé Guilloteau se trouvait plus libre ces deux jours-là.

J’ai rapporté d’Angers le Lion de Boni6 encadré et il est maintenant un des plus chers ornements de la chambre de Loyde. Hilaire7 ne fait jamais que ce qu’exige sa dignité et il n’y a rien à lui demander. Heureusement qu’elle l’inspire presque toujours à merveille.

A. de F.

 

*Archives nationales. Fonds Castellane

1Durand-Morimbau, Henri dit Henri Des Houx (1848-1911), journaliste. Agrégé de lettres, puis professeur de rhétorique, il passe au journalisme en 1876. Après la publication de quelques travaux littéraires dans le Correspondant, il se voit confié le poste de rédacteur en chef de La Défense, le journal de Mgr Dupanloup. Suite au décès de l'évêque d'Orléans, il fonde La Civilisation, un journal légitimiste qui fusionnera avec Le Clairon. Peu de temps après, le comte Jules de Boursetty lui offre la direction du Journal de Rome afin de contrer les idées jugées trop modérées du Moniteur de Rome. Victime de l'épuration de la presse intransigeante en 1885, il rédigea des Souvenirs d'un journaliste français à Rome.

2Beslay, François (1835-1883), avocat et journaliste. Avocat en 1856, il était entré en 1860 à la Société d'économie charitable où il s'était lié d'amitié avec Armand de Melun, un proche de Falloux. Entré au Français dés sa fondation, il en était le rédacteur en chef.

3Bernard Eugène (1833-1893), ordonné prêtre en 1858 à Quimper (Finistère), il était chanoine à Paris. Pressenti pour entrer au Correspondant, sa candidature avait finalement été rejeté.

4Madeleine de Castellane (1847-1934), née Leclerc de Juigné, , épouse d'Antoine de Castellane.

5Le Clerc de Juigné, Charlotte (1825-1897).

6Boniface dit Boni de Castellane (1867-1932), son petit-fils, le fils d'Antoine de Castellane.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «3 novembre 1880», correspondance-falloux [En ligne], 1880, CORRESPONDANCES, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, Troisième République,mis à jour le : 07/01/2018