CECI n'est pas EXECUTE Avril 1882

1882 |

Avril 1882

Alfred de Falloux à Pauline de Castellane

 

 

 

Début avril 1882*

 

Chère Madame

Me voici rendu à très bon port et j’ai trouvé tout le monde en excellent état, y compris la famille d’Hilaire, vous pouvez le lui dire, mais le Bourg d’Iré est invinciblement le séjour le plus triste pour moi. C’est le lieu où j’ai le plus de souvenirs et où ces tristes souvenirs ont le moins de distractions ! aussi vous pouvez bien compter que, à part le violoniste, je rentrerai sans faute samedi, dans mon presbytère et aussitôt la semaine sainte passée, aussitôt la bénédiction de Mgr Freppel reçue, je serai prêt à partir pour Rochecotte. J’ai offert à Eugénie de vous l’amener puisque vous l’avez permis. Mais je crois qu’elle a une secrète peur du chemin de fer. Je tâcherai de tirer ce sujet au clair avant de partir. Les Candé1, c’est-à-dire le père, la mère et les deux filles, sont venus en se promenant, au devant de moi à la gare de Noyant2. Je les attends tout à l’heure pour déjeuner. J’irai ensuite avec eux à la Douve3.

Tous, en y comprenant les habitants du Bourg d’Iré, bien entendu, en fort vivement effort soigneusement demandé vos nouvelles et me chargeront des plus tendres vœux au moment du départ. Philos avait été précédé d’une affreuse réputation de prêtrophobe <sic>, ce qui n’empêchait nullement les bons laïques d’en avoir grand-peur, mais il s’est montré si doux, si poli envers tout le monde que ce matin, je le vois déjà, tous les cœurs sont changés à son égard. Le plus délicat était l’entrevue avec le second Jupiter de la ferme. M. André y a présidé, son rapport est excellent. Néanmoins je n’ose le risque près de pif et de paf avant que le noviciat du Bourg d’Iré ait été un peu plus long. Dites bien à Biche que c’est par une précaution pour ses petits amis à quatre pattes et point du tout par méfiance pour son courage. Pendant tout cela, j’ai beaucoup pensé au pauvre Mignet et j’ai vu assez grand plaisir que les journaux de toute couleur rendaient amplement hommage à ses rares qualités. J’aurais mieux aimé qu’on lui [mot illisible] et qu’on me parlât de sa confession mais personne n’en souffle mot. Je crains bien qu’il ne faille se contenter d’un enterrement à l’église.

A. de F.

 

 

*Archives nationales. Fonds Castellane.

1Paul Brillet de Candé (1837-1913) et Claire Brillet de Candé, née de Mieulle (1844-1886), son épouse.

2Noyant-La-Gravoyère, gare du Maine-et-Loire. C’est sur cette commune que se situe la demeure des Brillet de Candé.

3Armaillé Louis de la Forest, comte d' (1822-1882), propriétaire foncier demeurant au château de La Douve, au Bourg d'Iré. Marié le 17 mars 1851 avec Célestine Marie Amélie, née de Ségur de Ponchapt (1830-1918).


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «Avril 1882», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES, 1882,mis à jour le : 12/01/2019