CECI n'est pas EXECUTE 7 janvier 1878

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7 janvier 1878

Alfred de Falloux à Jules de Bertou

7 janvier 1878

Cher ami, j’accepterais bien volontiers un rendez-vous à Rochecotte ou même à Beaumont1, et je suis convaincu que ma tête elle-même s’en trouverait mieux ; mais la question n’est pas là : elle est dans un obstacle dont vous faites bien de ne pas parler, car tout le monde ici aime à lire vos lettres. Assurément l’état de Madame de Caradeuc2 ne s’aggrave pas d’une façon sensible, mais je ne puis oublier que les sangsues étaient nécessaires, il y a moins d’un mois ; qu’elles peuvent le redevenir à tout instant, et que, sauf à notre devoir absolument impérieux, je ne puis faire courir de telles chances à Loyde3. Faites-le donc comprendre à nos amis communs aussi bien que vous le comprenez vous-même.

Je n’oublie pas le bromure, mais je ne veux pas y recourir, tout en vous remerciant d’y avoir pensé, sans un motif plus prolongé. Le bromure ne peut rien aux enterrements, aux longs offices et au premier de l’an. Je le réserve donc pour un mal opiniâtre qui survivrait à ces divers motifs, motifs que je me contente de combattre, à cette heure-ci, par plus de précautions.

J’ai oublié de vous remercier pour les petites têtes destinées au bahut du vestibule. Voudrez-vous demander à M. Maurice ce que je lui dois pour cela, car ses cadres ont dû lui être payés par M. Aubin4 dont la note totale est soldée depuis dix ou douze jours. Il est bien entendu que vous ne le demanderez à M. Maurice que quand vous aurez loisir et pleine permission de promenade. D’ici là, je ne veux que le rétablissement de votre santé, et j’aimerais mieux faire dix banqueroutes que de le retarder d’un seul jour.

J’ai écrit hier à la pauvre Rose une bien sincère condoléance. Répétez-la lui si vous la voyez, et dites-nous comment va toute cette petite colonie d’infliger si cruellement frappée coup sur coup.

Albert [de Rességuier] s’était annoncé pour cette semaine ; ce matin il s’annonce beaucoup moins ; cependant il laisse encore un peu d’espoir. S’il traverse Angers, ce sera mardi à quatre heures du matin ; il ne pourra par conséquent passer par Saint-Martin5; mais j’ai bien peur qu’il ne passe même pas par Angers et qu’il ne débarque directement de Pérignon6 à la rue de Lille où Berthe7 et ses enfants sont déjà rendus. Les années et l’isolement font de moi comme de beaucoup d’autres un pauvre honteux qui reçoit avec beaucoup de reconnaissance tout ce qu’on lui donne mais qui n’ose rien demander. Du moins, je dépense en vœux bien fidèles ce que je ne puis offrir autrement.

Alfred

1Les Falloux sont apparentés à la famille de Gustave de Beaumont, dont le château est à Beaumont-La Sarthe (Sarthe).

2Emilie-Marie-Charlotte de Caradeuc, née de Martel (1801-1882), mère de Marie de Falloux. Elle était alors très malade.

3Loyde de Falloux (1842-1881), fille unique des Falloux. Atteinte de nanisme, elle était de santé fragile.

4Voir lettre de Falloux à Bertou du 21 septembre 1877.

5Saint-Martin la Foret (Maine-et-Loire), où réside Jules de Bertou.

6Demeurant dans leur château, à Finham (Tar-et-Garonne), les Pérignon sont alliés des Rességuier, une des filles d'Albert de Rességuier, Geneviève (1842-1904) ayant épousé Dieudonné Henri Marie de Pérignon (1840-1889).

7Berthe Benoist d'Azy (1850-1899), fille cadette d'A. de Rességuier.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «7 janvier 1878», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES, 1878,mis à jour le : 10/02/2019