CECI n'est pas EXECUTE 18 janvier 1884

1884 |

18 janvier 1884

Alfred de Falloux à Pauline de Castellane

 

Chère Madame,

Je ne vous ai pas écrit hier pour faire gagner quatre pages de Monsieur de recycler et en même temps que ce billet Monsieur l’abbé Couvreux arrivera pour vous rendre compte de toutes les choses parisiennes, y compris l’archevêché de Tours1. Il paraît que le nonce2 a été moins franc du collier qu’on ne me l’avait dit et que je vous l’avais répété. C’est bien perfide pour un homme aussi empâté, selon votre expression.

On m’avait annoncé votre archevêque pour hier à dix heures et demie. Il n’est point venu. Je vais y aller aujourd’hui vers deux heures, allant d’abord chez le duc de Broglie que j’ai vu hier à peine un instant à la réception de M. Pailleron3 qui a été très brillante. Dans ce pays-là, M. About4 reste toujours à l’état de menaces et M. Coppée5, à l’état d’espérance ; jeudi seulement dans l’après-midi, je pourrai vous dire lequel des deux est un fait accompli. L’évêque d’Autun6 n’est pas encore arrivé, on ne l’attend que pour le 24.

J’irai demain chez la princesse Wittgenstein et chez la duchesse de Galliera7. Lundi, j’essaierai de voir M. Bocher8. On croit que le comte9 et la comtesse de Paris10 iront de Séville11 à Cannes. Dans cette hypothèse, chère Madame, je vous reviendrai sans faute le samedi 26 ou le lundi 28.

Comment va toute la petite population grandissante. Je les embrasse tous en les priant de le rendre respectueusement à leurs parents12, à Madame leur grand-mère et aux quatre petits chiens !

 

*Archives du Maine-et-Loire

 

 

 

1Mgr Meignan.

2Rende Camillo Siciliano di (1847-1897), prélat. Exilé en France avec sa famille, il avait fait ses études à Orléans, auprès de Mgr Dupanloup et à Rome. Évêque de Tricarico en 1877, archevêque de Bénévent en 1878, il fut le successeur de Mgr Czacki à la nonciature de Paris de 1882 à 1887.

3Pailleron Edouard (1834-1899), poète et auteur de comédies. Journaliste, il collaborait notamment à La revue des deux-mondes. Il avait été élu à l’Académie française en 1882. Son discours de réception fut prononcé le 17 janvier 1884.

4Directeur du XIXe Siècle, très anticlérical, E. About (1828-1885) s'était porté candidat à l'Académie française. Battu à deux reprises, la première fois contre A. de Broglie, puis contre le comte de Pongerville, il sera élu le 24 janvier 1884.

5Coppée François (1842-1908), poète et auteur dramatique. Il était alors, pour la deuxième fois candidat à l'Académie française. Devancé le 8 décembre 1881 par Sully Prudhomme, il sera élu le 21 février 1884 en remplacement de Victor de Laprade.

6Mgr Perraud Adolphe Louis Albert (1828-1906), prélat. Prêtre de l'Oratoire de France en 1855, professeur d'histoire de l’Église à la Sorbonne en 1865, il fut nommé évêque d'Autun en 1874, puis cardinal en 1893.Normalien de la promotion About, Sarcey, Taine, Weiss, il fut l'auteur de plusieurs ouvrages religieux, l'Histoire de l'Oratoire en France au XVIIIe et au XIXesiècle, de plusieurs études sur le cardinal de Richelieu, le Père Gratry, d'oraisons funèbres et de panégyriques. Il fut élu à l'Académie le 8 juin 1882 en remplacement d'Auguste Barbier qui avait exprimé, avant de mourir, le désir de l'avoir pour successeur, et reçu le 19 avril 1883 par Camille Rousset. Lorsque S. E. le cardinal Perraud arriva au conclave de 1903 qui suivit la mort du pape Léon XIII, le cardinal camerlingue le complimenta et le félicita d'appartenir à l'Académie française.

7Marie, duchesse de Galliera, née Brignole-Sale (1812-1888). Situé au 57 de la rue de Varenne, son hôtel tenait lieu de salon où se réunissaient les principaux leaders légitimistes et orléanistes, partisans pour la plupart de la «fusion». C'est aujourd'hui l’hôtel Matignon.

8Bocher, Édouard (1811-1890), homme politique. Administrateur des biens de la famille d'Orléans après 1848, il avait été élu à l'Assemblée nationale de 1871 où il représentait le comte de Paris.

9Louis Philippe Albert d'Orléans (1838-1894), comte de Paris. Depuis la mort du Comte de Chambord, le 24 août 1883, le comte de Paris se pose en héritier de tous les capétiens et non plus des seuls Orléans devenant ainsi le prétendant légitime à une restauration monarchique.

10Marie-Isabelle d'Orléans, née María Isabel de Orleans y Borbón (1848-1919).

11La comtesse de Paris est née à Séville.

12Antoine et Madeleine de Castellane.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «18 janvier 1884», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES, 1884,mis à jour le : 23/01/2020