CECI n'est pas EXECUTE 11 octobre 1879

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11 octobre 1879

Alfred de Falloux à Jules de Bertou

11 octobre 1879

Cher ami,

Mes granulations sœurs des vôtres sont aussi fort opiniâtres et le brouillard, augmentant leurs exigences me réduit aux petits papiers (sans chasse) et je vais tâcher d’y faire entrer le plus de remerciements possibles car je vous en dois beaucoup.

1° Pour le Vouvray, dont je pense que M. Fleury ne tardera pas à m’envoyer la note.

2° Pour les billets promis à Rochecotte.

3° Pour le très charmant et certainement très ressemblant portrait du général de Galliffet1.

4° Pour votre visite à mon intention à L’Union de l’Ouest.

Nantes s’embrouille de plus en plus et il est très probable qu’en tout cas je n’irai point ; d’abord, Albert [de Rességuier] ne m’accordera que très peu de jours dont je voudrais ne rien rognier ; ensuite l’état de Mme de Caradeuc2 devient de plus en plus triste ; elle ne quitte presque plus sa chambre et y reçoit, sans ce lever de son fauteuil, les visites Candé et d’Armaillé3, les seuls qu’elle ne supprime pas. Pour toutes les autres, on ne les lui annonce même plus. Quant aux visites étrangères, vous jugez bien qu’à la demande de Loyde4, je les ai toutes déclinées ; je viens de refuser la princesse Galitzin5, Mme Charles de Beaumont, et ce qui m’a réellement coûté, Lord Emly, c’est-à-dire Monsieur Monsell6, actuellement en Touraine, celui qui disait si bien à Montalembert : «C’est l’heure du Parlement ».

Je ne sais rien de l’origine de l’article du Français que vous avez si justement remarqué. J’ai pensé que c’était du Thureau-Dangin7 soigné. Vous l’aurez lu aussi dans le 8dernier Correspondant, où il me semble se soutenir toujours à la même hauteur.

Lavedan ne m’a point écrit ses conversations avec le nonce9; mais il m’envoie hier un Jules Favre10, dans la République française, pour Ferry contre Lacombe et Falloux. C’est perfide, sans nouveauté, mais non sans habileté.

Au revoir, au revoir, cher ami, quand il plaira à Dieu de nous guérir tous les deux. Dieu veuille que ce soit bientôt.

1Galliffet, Gaston Alexandre Auguste de (1811-1909), militaire et homme politique. Officier de cavalerie, promu général le 30 août 1870, il procéda à une répression brutale contre ka Commune en mai 1871. Il sera ministre de la Guerre dans le gouvernement de gauche de Waldeck-Rousseau en 1899.

2Emilie-Marie-Charlotte de Caradeuc, née de Martel (1801-1882), belle-mère d'Alfred de Falloux, alors très malade.

3Armaillé Louis de la Forest, comte d' (1822-1882), propriétaire foncier demeurant au château de La Douve, au Bourg d'Iré, et son épouse Célestine Marie Amélie, née de Ségur de Ponchapt (1830-1918).

4Loyde de Falloux (1842-1881), fille unique des Falloux. Atteinte de nanisme, elle était de sant

5Maria Sergeievna, princesse Galitzin, née comtesse Sumarokova (1830-1892), mariée au prince Nicolai Galitzin en 1849.

6Monsell, William (1812-1894), créé baron Emly en 1874. Converti au catholicisme en 1850, ce gentilhomme irlandais était un libér=al en politique.

7Thureau-Dangin, Paul Marie Pierre (1837-1913), historien. Auditeur au Conseil d’État, il publia plusieurs ouvrages d'histoire notamment une Histoire de la renaissance catholique en Angleterre au XIXe siècle. Catholique libéral, il ne jugeait pas le catholicisme incompatible avec le régime républicain.

8Paul Brillet de Candé (1837-1913) et Claire Brillet de Candé, née de Mieulle (1844-1886), son épouse.

9Meglia Pie Francesco (1810-1883), nonce à Munich de 1866 à 1874, élevé au cardinalat en 1879.

10Favre, Jules (1809-1880), avocat et homme politique. Il devint vite l’un des chefs les plus célèbres du Barreau de Paris, principalement dans les affaires politique. Ardent républicain, il fut secrétaire général au ministère de l’Intérieur, en 1848, sous Ledru-Rollin. Élu lors des élections partielles de 1858, il devint l’un des chefs de l’opposition républicaine au Corps Législatif. Avec quatre autres républicains (Ollivier, Darimon, Hénon, Picard), il forma, à partir de la session de 1859, le groupe dit des Cinq, opposition majeure à l’empire autoritaire jusqu’en 1863. Il fut réélu en 1863. Après la chute de l’Empire, il se vit confier le poste de ministre des Affaires étrangères ; il se chargea d’organiser la résistance aux Prussiens et négocia un traité de paix.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «11 octobre 1879», correspondance-falloux [En ligne], CORRESPONDANCES, Troisième République, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, 1879,mis à jour le : 13/03/2020