CECI n'est pas EXECUTE 8 mars 1873

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8 mars 1873

Edouard Hervé à Alfred de Falloux

Paris 8 mars 1873

Monsieur,

Je pense que vous suivez avec intérêt et avec tristesse notre situation politique. Elle est loin d'être belle. La dernière lettre de M. le comte de Chambord a achevé de décourager les partisans de la fusion. Ils avaient déjà subi bien des déboires. Cette fois ils ne se sont pas relevés du coup. Il serait désormais impossible, en cas de mort de M. Thiers, de mettre la majorité d'accord, soit pour le rétablissement de la monarchie, soit pour une présidence princière. Il ne reste donc plus qu'à souhaiter une longue vie à M. Thiers1. Malheureusement il est à craindre que ce souhait ne soit pas exaucé. L'indisposition dont parlent les journaux a été plus sérieuse qu'ils ne l'ont dit. La guérison n'est pas encore complète. Les forces ne reviennent pas. Le président a désormais besoin de se ménager, et il ne se ménage pas. Au cas où il disparaîtrait, on songerait probablement à M. Dufaure, comme chef du pouvoir exécutif. Ce serait la continuation du provisoire. Mais pourrait-on faire vivre longtemps cette nouvelle combinaison. Je serais extrêmement heureux, Monsieur, d'avoir l'occasion de m’entretenir avec vous autrement que par lettres, de l'état de nos malheureuses affaires. M. de Cumont m'avait dit que vous formiez le projet de venir passer quelque temps à Paris au mois d'avril. Ne jugeriez-vous pas opportun d'avancer un peu l'époque de votre voyage ? Le dimanche de la passion tombant un 30 mars, l'Assemblée prendra probablement ses vacances de Pâques dés les premiers jours d'avril, et les hommes politiques se disperseront. Il y aurait quelque intérêt, dans les circonstances présentes, à ce que vos amis pussent vous voir avant de partir pour leur province. Veuillez agréer Monsieur, avec mes vœux pour l'amélioration de votre santé, l'expression de mes sentiments les plus distingués et les plus dévoués.

Hervé, 3, rue Scribe.

Notes

1La maladie de Thiers sera en définitive de courte durée. Son ralliement à la République lui ayant attiré l'hostilité de plus en plus vive des conservateurs, ceux-ci  lui cherchaient néanmoins un successeur. Quelques semaines plus tard, les députés de la droite avec à leur tête le duc de Broglie allaient provoquer sa chute.

Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «8 mars 1873», correspondance-falloux [En ligne], 1873, Troisième République, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES,mis à jour le : 30/04/2013