CECI n'est pas EXECUTE 16 juin 1871

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16 juin 1871

Edmond Thureau de La Rosière à Alfred de Falloux

Paris, rue Royale, n°8, 16 juin 1871

Mon cher ami,

Il y a quinze jours, je vous attendais presqu'à Versailles ; depuis, Rességuier m'a écrit qu'atteint, en route, d'attaques de névralgies, vous aviez du renoncer au voyage et retourner au Bourg d'Iré. C'est un grand regret pour vos amis et un grand dommage pour les intérêts de la France. Jamais votre présence n'aurait été plus utile ; et personne n'est en mesure de vous remplacer. Si vous étiez venu, vous auriez parlé à cœur  ouvert de toutes les grandes causes ; par lettre, il faut s'abstenir, sous peine d'écrire des volumes et d'excéder, par l'expression, ce que les parenthèses et les va-et-vient de la conversation corrigent. Je ne vous parle donc que de moi, et encore très sommairement, pour réclamer encore une fois votre appui. Je me suis retiré des Landes, d'où, malgré vos recommandations, l'évêque m'a catégoriquement éconduit. Après avoir été promené de ça et de là, à l'état d'ébauche, et on a fini par essayer de m'implanter à Marseille. Voici, d'après un juge impartial et compétent, l'état des affaires politiques dans le pays. Aucune chance de l'emporter sur les communaux si ce n'est pas une liste fusionnée entre les partis conservateurs de toutes couleurs et les légitimistes, et à la condition d'un respect [mot illisible] et absolu de cette liste. En outre aucune chance de réaliser cette fusion autrement que sur des intrus, les adversaires indigènes s'étant trop souvent et avec trop d'acharnement tirés aux jambes et au visage, pour se supporter, et, sortant, pour se porter les uns les autres. Tel est le point de départ. Je vous demande donc de vouloir bien perfectionner, par un mot de recommandation tel que votre amitié sait les écrire, le travail déjà préparé par quelques amis sur le parti légitimiste, je crois pouvoir dire favorablement disposé. Reste la pierre d'achoppement (qui le croirait?) du Sémaphore1 qu'on dit entre les mains d'un M. Dufaur, ami de Mignet et de M. Thiers, pour lequel Charles de Rémusat et Vitet devaient m'obtenir une lettre de crédit qui, à ce qu'il paraît, n'est pas encore obtenue. Cela tient à une succession de petits incidents domestiques que je vous raconterai, quelque jour, mais que je ne peux pas écrire, d'où est résulté une modification, ou, pour parler plus net, une interruption de rapports personnels avec l'hôtel de la Préfecture de Versailles. Quoiqu'il en soit, l'intérêt de faire prévaloir une liste conservatrice est tel que, si vous m'assurez la bonne volonté et le concours des légitimistes, il sera possible qu'au nom de cet intérêt, on m'accorde l'intervention qui m'est nécessaire auprès du Sémaphore. Vous voyez, mon cher ami, que vous m'avez aidé ainsi, dans votre camp et dans le mien. Mille pardon, avec mille remerciements d'avance et de tout mon cœur et mille vœux de ma tendre amitié pour votre santé.

T. de la Rosière

Notes

1Le sémaphore de Marseille, journal marseillais de tendance orléaniste créé en 1827 auquel collabora notamment Émile Zola.

Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «16 juin 1871», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, 1871, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES,mis à jour le : 05/03/2013