CECI n'est pas EXECUTE 6 février 1882

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6 février 1882

François Roze à Alfred de Falloux

Paris, lundi soir 6 février 1882

Monsieur le Comte, je vous ai envoyé aujourd'hui trois en tête sans prendre le temps d'accompagner mon envoi d'un mot pour ne pas distraire une minute d'une journée ce travail. Le conseil de révision s'est réuni hier et Mr de Rességuier vous a fait part du résultat de notre conférence. Nous n'arrivons qu'à 300 pages d'impression environ, d'après les calculs de Mr Jardry1 ; mais nous avons de quoi combler le vide : discours sur la Pologne ; exposé des motifs de la loi portant suppression de l'école d'administration ; discours de réception à l'Académie ; discours au Congrès de Malines ; discours au Comice agricole de Segré ; discours de Versailles ; discours de la réunion de la rue de Grenelle2. L'insertion de ces deux derniers discours aurait peut-être l'inconvénient de faire chevaucher les dates ; le premier volume s’achèverait à 1880 et le second commencerait à 1856 avec le parti catholique. Mais d'autre part, il y aurait cet avantage que tout ce qui est discours se trouverait dans le premier volume et tout ce qui est brochure dans le second. Ce serait peut-être préférable. Si vous voulez mon avis, je n’appellerais la Pologne et l'école d'administration à notre aide que comme troupes de réserve ; mais je mettrais au premier rang le discours au Congrès de Malines. Je les ai d'ailleurs remis ce soir à Mr de Rességuier qui vous donnera son opinion. Je comprends votre générosité envers MM. Trélat3 et Flocon4, mais je la regrette. J'ai fait les corrections que vous m'avez indiqués dans la lettre que vous m'avez adressée et dans une note que m'a remise Mr de Rességuier. Veuillez me permettre, de mon côté, d'appeler votre attention sur quelques points de l'avant-propos général. A la première page, je lis : « il est temps, dit-on, de hausser la voix, de rompre toutes les alliances, de provoquer toutes les ruptures. »  Je vous proposerai de remplacer rompre par dénoncer, pour éviter la répétition de rompre et de rupture. A la 2e page ; « que ceux qui peuvent faire mieux le fassent, je n'ai pas de vœu plus ardent, mais qu'on le fasse en nous dépassant, non pas en nous calomniant. Je me demande si le mot : dépassant rend bien votre pensée ; mais j'avoue humblement que je n'ai pas trouvé de synonyme qui me satisfît pleinement. - Enfin, à la 3e page, « Je ne suis pas fâché de rencontrer, en même temps, des opiniâtres ennemis de nos convictions et de notre foi. » Ne seriez-vous pas d'avis de remplacer ennemis par adversaires en souvenir de la distinction que vous avez fait dans votre discours de la rue de Grenelle entre les adversaires et les ennemis. Mr de Rességuier et moi bien qu'éveillés et dans le milieu du jour, venons de faire un rêve fort séduisant. Nous avons donc rêvé que vous étiez venu passer à Paris quelques jours incognito, que vous nous assistiez  dans la révision dernière de notre premier volume. Mr de Rességuier vous avait offert une chambre que vous aviez accepter et la rue de Poitiers vous cachait aux yeux indiscrets. Voilà notre rêve. Ne le changerez-vous pas en réalité ? Je compte avoir tout terminé cette semaine. Veuillez agréer, Monsieur le Comte, l'assurance de mes sentiments respectueux et dévoués.

F. Roze

Mon père5 me prie de le rappeler à votre aimable souvenir et s'intéresse vivement, quoique n'y assistant pas, aux réunions des révisionnistes.

Notes

1Un des secrétaires de Falloux.
2F. Roze et A. de Rességuier travaillaient sur le manuscrit d'A. de Falloux qui devait réunir plusieurs de ses discours et brochures. L'ouvrage comprenait deux volumes qui seront publiés quelques mois plus tard sous le titre Discours et mélanges politiques, Paris Plon, 1882.
3Trélat, Ulysse (1795-1879), médecin et homme politique. Nommé commissaire extraordinaire du gouvernement provisoire de 1848 dans plusieurs départements du centre, il fut élu à l'Assemblée constituante par le Puy-de-Dôme. Devenu peu après ministre des Travaux publics, il fut aux prises avec la délicate question des ateliers nationaux. Falloux, alors député lui reprocha « sa coupable inaction » sur cette question et obtint la nomination d'une commission spéciale qui fera aussitôt fermer ce « caravansérail du chômage » que représentaient ces ateliers, ce qui, on le sait, fut le phénomène déclencheur de l'insurrection de juin 1848.
4Flocon, Ferdinand (1800-1866), journaliste et homme politique. Membre de plusieurs société républicaines dont celle des carbonari, il prit une part acive à la révolution de Juillet et collabora quelque temps au Constitutionnel. Entré au journal républicain, La Tribune, il mena une lutte sans relâche contre le gouvernement Louis-Philippe. En 1843, il   rejoignint La Réforme, le journal patronné par Ledru-Rollin. Nommé ministre de l'agriculture et du commerce dans le gouvernement provisoire, il sera peu après élu député de la Seine à l'Assemblée constituante où il siégea sur les bancs de la Montagne. Cependant, il se désolidarisa de son groupe lors des journées de juin se rangeant aux côtés de Cavaignac lorsque celui-ci réprima et déporta les insurgés. Banni par le coup d'état du 2 décembre 1851, il s'exila à Lausanne où il mourut sans avoir revu la France.
5Roze Pierre-Gustave (1812-1883), militaire. Promu enseigne de vaisseau en 1837, il prit part à l'expédition du Mexique. Capitaine de vaisseau en 1856, contre-amiral en 1862, il fut nommé gouverneur de Cochinchine en 1865. Il quitta le service actif en 1877.

Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «6 février 1882», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, 1882, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES,mis à jour le : 16/04/2012