CECI n'est pas EXECUTE 5 avril 1871

1871 |

5 avril 1871

Jules de Bertou à Alfred de Falloux

Mercredi saint,  5 avril 1871

Cher ami,  

En attendant l'arrivée du courrier retardé aujourd'hui mais qui viendra vers 1 heure nous l'espérons du moins, je vous tends la main au moyen de ce petit carré de papier. Qu'apprendrons nous aujourd'hui ? En attendant plus ample informé nous savons par un voyageur venu des environs, sinon de Paris, que la ligne d'Orléans et celle de Lyon ont été coupés par ordre du gouvernement de Versailles qui en avait demandé la fermeture aux directeurs sans l'obtenir. Ceci annonce un investissement et une résolution d'en finir qui me paraît tout à fait dans la situation. J'avouerai même que je me permets même de trouver qu'on a beaucoup trop tardé à mon sens et qu'on a montré une disposition à la temporisation qui finira par nous coûter cher non seulement vis-à-vis des insurgés mais aussi vis-à-vis de l'Europe. On murmure déjà à ce sujet des choses qui sont dans doute exagérées, mais qui finiraient par ne l'être plus : on nous écrivait de Versailles que la longanimité envers les cannibales de l'Hôtel de ville faisait dire à M. Bismarck que la question était devenue européenne et qu'il fallait que l'occupation fut non seulement allemande mais de toute l'Europe.....De là au partage, il n'y a qu'un pas!!!
Après déjeuner, voici la poste arrivée; nos lettres de Versailles, Antoine [de Castellane] et l'abbé Couvreux1 sont du 3 et rendent compte seulement de l'engagement du 2 qui n'était guère qu'une reconnaissance ; les journaux donnent de la journée du 3 des bulletins indiquant un engagement plus grave quoique pas décisif. Les nouvelles venues par voyageurs assurent qu'on se serait à peine battus hier, mais il paraît impossible que l'action n'ait pas été vigoureusement reprise aujourd'hui. Il est grand temps qu'on en finisse; sinon les Prussiens s'en mêleront et ils diront : Vous n'avez pas un gouvernement stable qui nous garantisse le payement de ce qui nous est dû, nous allons vous en donner un et ils nous le donneront en diminuant peut être la dette, peut être même en nous laissant Metz et il y aura des mains pour applaudir et des voix pour crier bravo!!! Que Dieu me fasse la grâce de n'être pas de ce monde pour voir une si grande humiliation.

Merci, merci de votre lettre, cher ami, mais je voudrais bien que vous [mot illisible] de la morphine au Dr Le Tort2 qui connaît mieux votre tempérament que personne.

Notes

1Ecclésiastique très lié à la famille Castellane. Ami et condisciple d'Antoine de Castellane, il fut secrétaire particulier de Mgr Dupanloup qui le nomma chapelain de la cathédrale d'Orléans.
2Médecin de Falloux.

Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «5 avril 1871», correspondance-falloux [En ligne], BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES, Troisième République, 1871,mis à jour le : 06/10/2012