CECI n'est pas EXECUTE 27 décembre 1871

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27 décembre 1871

27 décembre 1871

Cher ami,

Je suis si exténué de ma bataille d'hier que je ne puis qu'à grand peine de votre lettre de ce matin et vous dire que si nous n'obtenons pas le succès, j'ai du moins le cœur bien soulagé. Thiers parlant hier de l'Assemblée, tous les académiciens députés, y compris l'Evêque1, étaient demeurés à Versailles, et je suis resté seul sur la brèche, durant deux heures et demie. J'ai dit tout ce que je pensais sur M. Guizot à M. Guizot, tout ce que je pensais sur Thiers à M. Mignet, tout ce que je pensais sur Les Débats à M. de Sacy2. Tous les trois m'ont répondu, j'ai répliqué à tous les trois, et l'Académie m'a si bien maintenu la parole, qu'elle m'a accordé le dernier mot avant la levée de la séance. La majorité ne sera que de quinze ou de seize ; nous avons douze voix sûres ; c'est donc trois ou quatre à conquérir parmi les six ou sept qui demeurent douteux mais sur ce terrain-là, M. Thiers et M. Guizot sont autrement forte que nous, et je ne puis encore rien vous pronostiquer. Le scrutin aura lieu samedi, et je vous promets seulement que d'ici là le temps sera bien employé de part et d'autre.

Quant à revenir par Rochecotte, ce n'est pas le désir qui me manque, mais la force et le temps. Après le scrutin, on exige de moi deux ou trois jours à Versailles, ce qui achévera ma complète déroute de tête et de poitrine, et me mettra tout à fait en retard avec M. Lachèse, qui aura tout son papier cette semaine et n'attend plus que mon retour. Plaignez-moi au lieu de me gronder et croyez bien à mon regret autant qu'à mes tendresses.

Alfred.

2M. de Sacy est le directeur du Journal des Débats, proche des princes d'Orléans.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «27 décembre 1871», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES, 1871,mis à jour le : 07/07/2014