CECI n'est pas EXECUTE 15 février 1871

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15 février 1871

Bourg d'Iré, 15 février 1871

Cher ami,

Nous avons reçu hier de vous deux lettres à la fois et vous ne paraissez point avoir reçu celle où j'apuyais les observations politiques de Madeleine1 à son mari2. Si cette lettre est perdue tout à fait je la regretterai peu puisque je vois que votre impression est la même que la mienne c'est à dire que cette assemblée dont la composition3 ne se reproduirait certainement pas plus tard, doit prendre énergiquement en main toutes les grandes questions, assurer la pacification extérieure et ne pas nous recommencer, sous quelque forme que ce soit, la déplorable parodie des plébiscites où de toutes les autres pitreries révolutionnaires. Du reste je le souhaite plus que je ne l'espère et j'ai bien peur qu'après avoir vu les républicains faire sombrer la république, nous ne voyons les princes faire échouer la Monarchie. En attendant j'ai félicité de grand cœur le jeune secrétaire de l'assemblée qui m'avait très aimablement envoyé un télégramme direct d'Aurillac. Je le charge aussi de mes plus sincères compliments à son beau-père et à son oncle. Veuillez les renouveler aussi à Madeleine dont la présence à Bordeaux me fait bien grand plaisir. Vous ne me parlez plus du voyage de Madame de Castellane et vous annoncez la prochaine arrivée des enfants à Rochecotte. Si l'Assemblée se prolonge à Bordeaux je présume que tout se rejoindera [sic] et j'irrais [sic] alors passer quelques jours avec madame de Castellane avant son départ si ma tête peut supporter le chemain [sic] de fer ce dont elle serait encore incapable à cette heure-ci.

On n'avait pas encore de nouvelles de Paul4 hier à Noyant5. J'adresse cette lettre à Restigné6. On nous dit que les Prussiens demandent à occuper Maine-et-Loire pour se ravitailler si l'armistice se prolonge. Ne soyez donc pas jaloux chers amis et ne cessons pas de répéter en commun le Parce7. Tous les Candés vous remercient bien vivement et moi je vous embrasse bien tendrement.

Alfred

Paul de Candé vient de se retrouver en bonne santé, prisonnier échappé, enfin à Angers depuis hier !! Sa pauvre mère et Claire sont bien soulagées

1Madeleine de Castellane (1847-1934), née Leclerc de Juigné, mariée le 3 avril 1866 avec le marquis Antoine de Castellane.

3L'Assemblée nationale est alors majoritairement composée de députés conservateurs.

4Paul Brillet de Candé (1837-1913).

5Noyant-la-Gravoyère, commune du Maine-et-Loire, proche du Bourg d'Iré.

6Commune d'Indre-et-Loire, limitrophe de la commune de Saint-Patrice où se situe le château de Rochecotte.

7Sans doute un jeu de mot avec « Pace » (paix) et Parcé-sur-Sarthe, les armées prussiennes étant alors proches de cette commune.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «15 février 1871», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES, 1871,mis à jour le : 06/11/2014