CECI n'est pas EXECUTE 12 août 1872

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12 août 1872

Caradeuc, 12 août 1872,

Monsieur le comte,

Il m'est impossible de vous exprimer combien je suis reconnaissant des quelques lignes que vous avez bien voulu me consacrer spécialement dans votre lettre d'aujourd'hui à Monsieur de Falloux. La raison de mon silence est que mon voyage de Paris n'a pas rempli les voeux que vous avez eu la charité de faire pour moi. Interrogé sur trois questions, j'ai été plus qu'insuffisant pour la première, et mes deux autres réponses n'ont point eu assez de précision pour racheter une première faute. Je n'en remercie pas moins Dieu car je suis convaincu que s'il n'a point exaucé immédiatement des prières telles que les vôtres et celles de ma bonne mère, c'est qu'il sait mieux que les meilleures affections où est mon véritable intérêt. Ce que le ciel garde est bien gardé ; aussi j'ai confiance que mon âme retirera de cet échec des fruits plus grands qu'elle n'en eût peut-être retiré du succès. C'est donc du plus profond de mon cœur que je vous remercie, Monsieur le comte, que je remercie Madame la marquise de Castellane1, le bon Monsieur Podlewski2, et tous ceux qui ont eu la grande bonté de s'intéresser à mon sort. Je remercie tout spécialement Monsieur Georges, qui a été si aimable de penser à mon examen et de prier pour moi.

Monsieur de Falloux est au fond de son lit, et je n'ai pu même lui demander ses commissions pour Rochecotte. Je le verrai dans quelques instants et j'ajouterai à ma lettre ce que j'aurai pu arracher de lui à la souffrance.

Monsieur de Rességuier est toujours à Caradeuc, toujours charmant, toujours répandant autour de lui la gaîté inaltérable de sa belle âme. Il était là quand je suis revenu de Paris, et il n'a pas pu contribuer à adoucir pour moi le découragement insurmontable du premier moment. Caradeuc possède aussi en ce moment Monsieur et Madame Paul de Candé3, qui donnent les meilleures nouvelles d'Anjou et de Bretagne, c'est-à-dire de Monsieur et Madame d'Armaillé4 et de Monsieur et Madame de Pontbriand5.

Je me permets d'ajouter à ma lettre quelques lignes de Monsieur Debrais donnant des nouvelles de sa santé et de son pauvre pied, que je suis bien heureux, pour ma part, de voir passer des béquilles au bâton. J'ai vu à Paris Monsieur Jardry6, mais quelques rapides minutes seulement ; il est dans le meilleur état, et sa femme de même, toujours tournant leurs yeux et leur cœur vers ce qui est Bourg d'Iré ou Caradeuc, vers vous bien particulièrement, Monsieur le comte, en qui notre jeunesse à tous à trouver un si bon et si encourageant soutien.

Permettez-moi de me rappeler encore, avec la plus sincère expression de gratitude, au souvenir et surtout aux prières de toutes les Providences de Rochecotte, et de me dire le plus reconnaissant et le plus dévoué de vos serviteurs.

Paul Riobé

P.S. Je viens d'entrer chez Monsieur de Falloux ; il lui est impossible de rien voir et de rien entendre, ce qui ne l'empêche pas d'envoyer à tout Rochecotte ses plus vraies tendresses.

 

1Madeleine de Castellane (1847-1934), née Leclerc de Juigné ; elle était, depuis le 3 avril 1866, l'épouse d'Antoine de Castellane.

2Il avait été le précepteur d'Antoine de Castellane.

3Paul Brillet de Candé (1837-1913), propriétaire foncier à Noyant-la-Gravoyère.

4Armaillé Louis de la Forest, comte d' (1822-1882), propriétaire foncier demeurant au château de La Douve, au Bourg d'Iré. Marié le 17 mars 1851 avec Célestine Marie Amélie, née de Ségur de Ponchapt (1830-1918).

5Pontbriand, Paul Marie du Breil de (1838-1916), militaire et homme politique. Maire de Plancoët et conseiller général des Côtes d'Armor. Marié le 28 décembre 1864 avec Marie Eugénie Brillet de Candé (1843-1916)

6Secrétaire de Falloux.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «12 août 1872», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES, 1872,mis à jour le : 14/01/2015