CECI n'est pas EXECUTE 3 février 1877

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3 février 1877

Alfred de Couvreux à Pauline de Castellane

3 février 1877*

Chère Madame, nous sommes privés de toute écho de Rochecotte au moment où nous en sommes le plus occupés, et c'est à Madelle Lecreux que nous adressons notre gémissement, car nous ne voudrions pas ajouter une fatigue à vos souffrances et à celle de l'abbé Couvreux.

Depuis ma dernière lettre, suivie quelques jours après d'une lettre de M. de Bertou, nous avons eu presque de l'inquiétude pour ma pauvre malade : ses intestins ne fonctionnent plus régulièrement, nous oscillons entre deux exagérations contraires, et il en résulte des malaises extrêmement pénibles. Depuis quatre jours, elle n'a pas quitté son lit, très faible, parlant très peu, et un jour avec de la fièvre. M. Letort1 est venu arrêter ce qu'il y avait d'accidentel dans cet état, et depuis hier nous paraissons revenir à un état à peu près normal. Mais les forces restent diminuées dans un état qui en a déjà si peu à perdre. C'est dans le plus aigu de cette crise, que la nouvelle sœur est arrivée. Elle est un peu plus âgée et par conséquent un peu moins vigoureuse que l'autre qui l'était exceptionnellement ; mais elle paraît intelligente et douce ; Marie continue à ne point paraître sensible à ce changement. L'autre sœur nous a quitté avec beaucoup de témoignages affectueux et peut-être nous la rendra-t-on avant six mois, si celle-ci ne réussissait pas aussi bien. Pour mon compte, je continue les Eaux-Bonnes2 et je ne touche plus guère que la nuit, ce qui est un commencement de retraite de l'irritation.

Albert de Rességuier est revenu dans la rue de Poitiers3. Il m'écrit que son gendre4 et sa fille5 regrettent les colonies mais point la démission qui était devenue indiquée par tout l'ensemble de la situation. Sa première lettre est au débotté ; il n'avait encore vu personne et ne parle de personne.

Tant que ma pauvre malade est aussi faible, il n'y a aucune possibilité de s'en éloigner. Si Dieu nous accordait le retour de quelques jours meilleurs, une de mes premières actions de grâce se ferait dans la chapelle de Rochecotte, si vous-même n'avez pas été demander un peu de secours au midi, ce que j'ai la générosité de souhaiter toujours.

Nous avons cru avoir, ces jours-ci, le jugement de Joseph Rivière6 : il est ajourné pour un complément d'instruction qui porte sur d'autres méfaits que celui de Lourdes.

M. de Bennetot7 se promet d'assister à l'audience pour lui et pour moi, et ne manquera pas de vous s'en rendre compte. Notre curé est bien sensible à votre message, et y répond par de bien fidèles prières.

A. de F.

Mille remerciements de la lettre de l'abbé Couvreux qui arrive à l'instant.

 

*Arch.nat. Fonds Castellane

1Médecin de la famille Falloux.

2Ville thermale des Pyrénées-Atlantiques.

3Domicile parisien d'A. de Rességuier.

4Augustin Rose Ange Benoist d'Azy, baron (1829-1890).

5Berthe Benoist d'Azy (1850-1899), fille cadette d'A. de Rességuier.

6Sourd, muet et aveugle, Joseph Rivière, originaire de Marans, une commune proche du Bourg d'Iré, s'était rendu à Lourdes et en était revenu «miraculé »,guéri de ses handicaps. Confondu comme escroc, il sera condamné à trois ans d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Segré.

7Secrétaire de Falloux.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «3 février 1877», correspondance-falloux [En ligne], 1877, CORRESPONDANCES, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, Troisième République,mis à jour le : 14/12/2015