CECI n'est pas EXECUTE 14 août 1877

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14 août 1877

Alfred de Falloux à Pauline de Castellane

14 août 1877

Chère Madame, je croyais vous avoir dit que mon frère, prenant congé du pape pour se rendre à Lucques1, en avait reçu l'invitation de ne point poursuivre sa route jusqu'en France, pour éviter les commentaires qui avaient accueilli le dernier voyage du Cardinal Guibert2 à Rome, et ne point faire répéter que le gouvernement romain était l'inspirateur du gouvernement de Versailles. Je voudrais bien que le pape3 eut toujours la prudence qu'il a eue, ce jour-là ; mais comme certainement il ne s'y astreindra pas, j'aurais bien voulu que ce sentiment inusité ne portat pas sur moi. Quoi qu'il en soit, mon frère n'a fait aucune résistance, et, tout en s'en montrant fort désolé, continue à juger que le désir du pape est un ordre qui ne se résonne point. Je crois entrevoir aussi que l'état de santé du pape est au fond de sa résignation et que son séjour même à Lucques ne durera pas longtemps. Avez-vous le même tort que moi, - ne lisez-vous que les bons journaux, et ignorez-vous par conséquent les beaux procès qui se font sur la tombe du Cardinal Antonelli4 et les belles révélations qui en résultent ? La princesse Wittgenstein5 va-t-elle conserver la photographie du cardinal dans son album ? Ce sera bien compromettant ! Je n'ai pas manqué de dire à mon frère toutes vos bonnes pensées pour lui, et votre désir de l'attirer à Rochecotte. Hélas ! Hélas. Cela même sera impuissant. Ne vous ai-je pas dit non plus que le chemin de fer et maintenant en pleine activité de Sablé6 à Château-Gontier7 et que de Château-Gontier à Segré il n'y a plus que cinq lieues de voiture, avec un bon loueur à Château-Gontier ? C'est par là qu'Albert [de Rességuier] et Berthe [Benoist d'Azy]8 sont venus et sont repartis, d'où il résulte que rien n'est plus aisé maintenant que de venir de Juigné au Bourg d'Iré, en ne se servant d'Angers que pour retourner à Saint-Patrice9 en ligne droite. Madame de Caradeuc10 et Loyde m'ont bien chargé de ne pas vous laisser ignorer cela, et vous jugez si je me fais prier !

Pour Bertou, je ne sais rien de nouveau, sinon qu'il est repris de son panaris et menacé d'une angine granuleuse à la gorge. Ce dernier point pourrait être grave s'il n'arrivait ici, comme il arrive souvent ailleurs, que les mots nécessaires pour se faire comprendre de loin sont plus gros que les choses. Il travaille toujours beaucoup sur l'Orient, et peut-être en aurez-vous la preuve dans le prochain Correspondant. Nous nous recommandons toujours à Madelle Lecreux.

A. de F.

Mille remerciements au cher abbé11 dont la lettre arrive à l'instant.

 

*Arch.nat. Fonds Castellane

 

1Ville italienne de Toscane.

2Mgr Guibert, Joseph-Hippolyte (1802-1886), archevêque de Paris. Nommé évêque de Viviers en 1841, puis archevêque de Tours en 1857, il était plus gallican que libéral. Il ne montra guère de sympathie pour L’Univers. Il avait été nommé archevêque de Paris en 1871 en remplacement de Mgr Darboy tombé sous les balles des Fédérés.

4Antonelli, Giacomo (1806-1876), cardinal et homme de confiance de Pie IX, il avait occupé, depuis 1850, le poste de secrétaire d’État.

5Sayn-Wittgeinstein Karolina Elzbieta de (1819-1887), princesse d'origine ukrainienne, écrivain, elle était l'égérie de Franz List.

6Ville du sud de la Sarthe.

7Ville du sud de la Mayenne.

8Berthe Benoist d'Azy (1850-1899), fille cadette d'A. de Rességuier.

9Rochecotte est situé sur la commune de Saint-Patrice.

10Emilie-Marie-Charlotte de Caradeuc, née de Martel (1801-1882), mère de Marie de Falloux.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «14 août 1877», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES, 1877,mis à jour le : 14/12/2015