CECI n'est pas EXECUTE 30 janvier 1880

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30 janvier 1880

Alfred de Falloux à Pauline de Castellane

30 janvier 1880

Chère Madame,

Les promenades en voiture de Biche1 nous ont tous fort réjoui et il ne nous manque plus maintenant que la guérison de l’abbé Couvreux et de Melle Dubois que nous souhaitons très impatiemment. Je vois que bien des tristesses ont accompagné vos hôtes et vous n’en avez assurément pas négligé votre part. Dieu veuille que votre santé ne le paie pas dans la solitude !

 Aussitôt après avoir été administré Madame de Nétumières2 a ressenti une crise qui rend un peu d’espérance. L’état actuel laisserait toujours des traces incurables, mais quelques lambeaux de vie et de connaissance reviendraient. C’est beaucoup pour ceux qui aiment mais cela doit paraître bien amer pour ceux qui n’ont pas de motif de redouter Dieu.

 Ce que vous avez la bonté de me dire de Sablé3 est bien curieux. J’ai peine à me l’expliquer par un roman purement sentimental ; je croirais plus volontiers à une spéculation : il est malheureusement aisé de prévoir un veuvage et ignorer la un bond établissement à capter. La veuve elle-même s’y laisserait-elle prendre ? Elle n’est peut-être pas assez bonne pour cela et je n’aperçois de naïveté que dans la bonne duchesse de Chevreuse4, dont la vraie charité fait ma profonde admiration.

 Il me semble jusqu’ici que la palme du Sénat demeure au duc de Broglie, sans porter préjudice aux autres qui ont tous eu des mérites divers, surtout Monsieur Laboulaye5, qui a le courage si rare de nos jours de préférer la vérité à son intérêt et à sa coterie. On me dit que le vote de la loi est assuré, mais que cela rend plus certain le rejet de l’article 76. s’il en est ainsi, ce sera une lâcheté bien aveugle, comme presque toutes les lâchetés.

A. de F.

 

1Stanislas de Castellane, surnom du fils cadet d’Antoine de Castellane.

2Hay des Nétumières, Françoise Isidore (1834-1910), née de Montbourcher du Bordage, veuve de Charles Exupère (1804-1870).

3Ville de la Sarthe.

4Julie Valentine de Contades, duchesse de Chevreuse (1824-1900), veuve d'Honoré d'Allbert de Luynes, duc de Chevreuse (1823-1854).


 

5Laboulaye Édouard-René Lefèbvre (1811-1883), jurisconsulte et homme politique. Il collabora au Journal des Débats et fut un des fondateurs, en 1860, de La Revue nationale. Bien qu’il fût l’un des protagonistes de l’Union libérale, il ne se présenta pas aux élections de 1863. Candidat lors d’une élection partielle en 1866, il échoua comme en 1857, 1864, puis 1869. Élu le 2 juillet 1871, il siégea au Centre gauche avec des républicains soucieux comme lui d’ordre et de liberté. Proche de Thiers, il fut partisan d’une République « présidentielle ». Élu sénateur inamovible (décembre 1875), il continua de siéger au Centre gauche et s’opposa, en 1877, à Mac-Mahon, mettant en garde l’Assemblée contre les dangers du pouvoir personnel.

6En discussion au Sénat à partir de janvier 1880, l'article 7 de la loi Ferry qui voulait interdire l’enseignement aux congréganistes non autorisés fut vivement critiqué au nom de la liberté de l'enseignement. Le 22 février, son adoption sera repoussée par 148 sénateurs contre 12


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «30 janvier 1880», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, 1880, CORRESPONDANCES, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES,mis à jour le : 10/01/2018