CECI n'est pas EXECUTE 2 janvier 1878

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2 janvier 1878

Alfred de Falloux à Jules de Bertou

2 janvier 1878

Cher ami, votre lettre d’avant-hier m’a fait d’autant plus de plaisir que votre silence absolu sur le Correspondant commençait à m’inquiéter. Me voilà bien aimablement rassuré désormais, et je vous dirai de mon côté, que je reçois des deux extrêmes, le palais Ruspoli1 et La République française, des témoignages qui m’ont charmé. Mon frère2 me transmet, par la plume de Jardry accompagnant Perrochel3, une approbation sans réserve et le journal de Monsieur Gambetta4 me prend au sérieux, dans deux articles consécutifs, ce dont il aurait pu aisément se dispenser, car il est toujours très aisé de se moquer de quelqu’un qui parle de soi.

À propos de Gambetta, saviez-vous le joli mot de l’évêque sur lui ? Le voici à tout hasard : « Monsieur Gambetta me fait dire que j’ai à me rassurer, et que les lions qui doivent dévorer les chrétiens ne sont pas encore dans le cirque. Je crois bien ! Je ne vois autour de lui que des renards, forts en peine de leur queue qui ne peuvent faire peur qu’à des poules ! » Je ne suis pas sûr que le mot soit aussi juste qu’il est joli, car pour mon compte, je ne vois pas seulement des renards à l’horizon, mais aussi des tigres et des panthères, le lion étant, par lui-même plus noble et quelquefois plus clément, témoin Florence, que les carnassiers absolument féroces dont nous sommes menacés.

Il me faudrait une habile transition pour passer de là à Lambel5; dans la crainte de n’en pas trouver, je tourne court pour vous dire que si j’ai oublié votre précédent message à son sujet, vous en avez, de votre côté, oublié un dans lequel je vous disais : - Mme de Melun6 m’ayant écrit elle-même qu’elle a fait copier mes copies pour l’usage de l’abbé Baunard7, elle n’a plus aucun motif, depuis un an, pour me priver de ma copie à laquelle je tiens d’autant plus que je l’avais annotée pour mon propre compte. Nous voilà quittes !

Notre premier de l’an s’est très bien passé. Je suis resté enfermé, sans voir personne, par ordre rigoureux de mes bronches, tandis que Madame de Caradeuc8 et Loïde9 ont suffi à tout et se déclarent non fatiguées ce matin.

Alfred

Une très consciencieuse et très empressée recherche n’a fait découvrir à M. de Bennetot10 que l’ouvrage du P. de Ravignan. Il est relié, et je me défie de la poste, en ces jours d’encombrement. Je le confie donc à Godivier qui part tout à l’heure et le déposera chez Rose.

1Le palais Ruspoli, à Rome, où son frère, le cardinal de Falloux est domicilié.

3Perrochel Fernand Clovis Ludovic de (1843-1881), homme politique. Conseiller général du canton de Saint-Patern, dans la Sarthe, il fut élu député de ce département en 1876 et réélu en 1877 et en 1881. Il siégea avec l'Union des droites jusqu'à sa mort.

4La République française.

5Lambel, Alexandre de (1814-1903), grand propriétaire lorrain, ce proche des deux frères de Melun, Anatole et Armand a contribué, à leur côté, au développement des œuvres du catholicisme social, à Paris notamment, où dés 1838 il avait fondé le Patronage de Saint-Jean.

6Marie Aldegonde, née van der Cruisse de Waziers (1814-?), épouse d’Anatole de Melun (1807-1888).

7Baunard, Louis (1828-1919), vicaire, puis chanoine de la cathédrale d’Orléans. Docteur en théologie, essayiste, il collaborait au Correspondant.

8Emilie-Marie-Charlotte de Caradeuc, née de Martel (1801-1882), belle-mère de Falloux.

9Loyde de Falloux (1842-1881), fille unique des Falloux. Atteinte de nanisme, elle était de santé fragile.

10Joseph de Bennetot, secrétaire de Falloux.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «2 janvier 1878», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES, 1878,mis à jour le : 10/03/2020