CECI n'est pas EXECUTE 4 octobre 1873

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4 octobre 1873

Saint-René Taillandier à Alfred de Falloux

Paris, 4 octobre 1873.

Illustre et bien cher confrère,

J’avais oublié de vous parler de ma réception à l’académie dans la lettre que je vous ai adressée de Bagnères de Luchon et qui m’a valu une si aimable réponse. Me voici revenu à Paris et je n’ai pas encore à ce sujet de nouvelles à vous donner. M. Nizard1, qui doit me recevoir comme directeur, est absent. C’est de lui que je dépends, et, s’il y avait retard, on ne pourrait me l’imputer. J’espère cependant qu’il n’y en aura pas. J’ai remis mon discours à M. Nizard dans les derniers jours du mois de mai. Quelques semaines après, il est parti pour Bruxelles où une de ses filles est mariée, et il s’y est installé à la campagne, pour toute la saison d’été. C’est là qu’il a dû s’occuper de son discours. Il m’est revenu de différents côtés que la date fixée d’abord pour les trois élections serait ajournée, de manière à ce que M. de Loménie2, M. de Viel-Castel3 et moi, puissions prendre part au vote. Je le désire bien vivement. S’il est vrai que M. Guizot songe sérieusement aux candidats dont vous me parlez, je ne me consolerai pas de n’avoir pu donner mon suffrage à la bonne cause. Vous pouvez compter sur mon zèle. Vos candidats seront les miens. Tous les compétiteurs ne se sont pas encore déclarés ; j’ai reçu la visite de M. Anatole de Ségur, de M. Gaston Boissier4, de M. Mézières5 ; on parle de M. Antoine de Latour6, de M. Armand de Pontmartin7, de M. Dumas8, l’ancien sénateur, de M. Weiss9, etc. Je ne sais pas du tout de quel côté seront les chances. Pour moi, je préférerais n’importe qui à M. Jules Simon ; M. Jules Simon, je l’ai vu de près, est le dernier des hommes, au point de vue du caractère et de l’honneur. Quant à M. Taine10, j’espérais qu’il aurait le bon goût de ne jamais se présenter à l’Académie française. Son talent même et l’honorabilité de sa vie rendent encore plus funestes ses monstrueuses doctrines.

Recevez, cher et illustre confrère, la nouvelle assurance de mes sentiments de reconnaissance et de dévouement.

Saint-René Taillandier

1Nisard, Désiré Jean Marie Napoléon (1806-1888), écrivain et homme politique. Collaborateur au Journal des Débats et à la Revue des Deux Mondes, il avait été nommé professeur d'éloquence latine (1833) puis d'éloquence française au Collège de France. Adversaire résolu des romantiques, il fut élu à l'Académie française le 28 novembre 1850 en remplacement de l'abbé de Féletz. Élu de la Côte d'Or de 1842 à 1848, il siégea au centre. Sous l'Empire il avait été élu au sénat où il soutint l'empire autoritaire.

2Loménie, Louis de (1815-1878), essayiste. Professeur de littérature française au Collège de France et à l’École Polytechnique, il est l'auteur d'une importante Galerie des Contemporains illustres par un Homme de rien, en 10 volumes (1840-1847). Il avait été élu à l'Académie le 30 décembre 1871 en remplacement de P. Mérimée.

3Viel-Castel, Charles-Louis-Gaspard-Gabriel de Salviac, baron de (1800-1887), homme politique et historien. Directeur de affaires politiques au ministère des Affaires étrangères pendant la monarchie de Juillet, il rentra dans la vie privée après 1848. Auteur d'un Histoire de la restauration en 20 volumes (1870-1870), il collabora à plusieurs reprises à la Revue des Deux Mondes.

4Professeur au Collège de France, Gaston Boissier est alors candidat à l'Académie française. Boissier Gaston (1823-1908), historien et philologue français. Normalien, il est alors professeur au Collège de France où il est titulaire de la chaire de poésie latine depuis 1869 et dont il deviendra administrateur de 1892 à 1894. Collaborateur de la Revue des Deux Mondes, il entrera en 1876 à l'Académie française dont il deviendra, en 1895, le secrétaire perpétuel.

5Mézières Alfred Jean François (1826-1915), essayiste et homme politique. Normalien, professeur de littérature étrangère à la Sorbonne, il fut l'auteur de plusieurs études sur Shakespeare, Dante et Goethe. Journaliste, il participa à la fondation du temps en 1864. Élu en 1881, député de Meurthe-et-Moselle, il siégea avec les républicains opportunistes et fut constamment réélu jusqu'en 1898. Devenu sénateur de ce même département en 1900, il continua de siéger avec le centre gauche. Élu à l'Académie le 29 janvier 1874 en remplacement de Saint-Marc Girardin, il fut reçu le 17 décembre 1874 par Camille Rousset.

6Antoine de Latour (1801-1881), écrivain et poète, il est considéré comme un remarquable hispaniste.

7Pontmartin, Armand Joseph Marie Ferrard comte de (1811-1890), écrivain et critique littéraire français, il publia notamment Les Jeudis de Madame Charbonneau (1862), satire des milieux littéraires, dans laquelle Falloux figurait sous le pseudonyme d’Iphicrate. Montalembert qui aurait souhaité le recruter au Correspondant, était également favorable à son entrée dans l’Académie de même que Falloux apparemment. Mais Pontmartin refusa toujours de faire acte de candidature. D'une famille légitimiste, il fit ses débuts à la Gazette du Midi, puis collabora à La Quotidienne et à La Mode, avant de travailler successivement à la Revue des Deux Mondes, à L'Opinion publique et à la Revue contemporaine et à L'Assemblée nationale.

8Dumas, Jean-Baptiste (1800-1884), chimiste et homme politique. Auteur de plusieurs ouvrages scientifiques, membre de l'Académie des Sciences (1832) et de l'Académie de Médecine (1843), il avait été élu par le Gard à l'Assemblée législative (1849-1851) où il siégea avec la droite. Entré au sénat au lendemain du coup d’État du 2 décembre, il y siégera jusqu'à la chute de l'Empire. Il sera élu à l'Académie le 16 décembre 1875, en remplacement de F. Guizot.

9Weiss, Jean-Jacques (1827-1891), professeur, journaliste politique et littéraire, fondateur du Journal de Paris, conseiller d’état de 187 » à 1879.

10Taine Hyppolite Adolphe (1828-1893), essayiste et historien. Auteur d'un Essai sur Tite-Live couronné par l'Académie française en 1854, il avait publié deux ans plus tard Les Philosophes français du XIXe siècle, ouvrage dans lequel il critiquait la philosophie spiritualiste enseignée par l'Université. Son œuvre la plus importante demeure ses Origines de la France contemporaine qu'il commença à publier en 1876. Il collabora à plusieurs périodiques dont la Revue des deux Mondes et le Journal des Débats. Candidat à l'Académie française en 1874, il avait été battu par Elme Caro, ses idées philosophiques déplaisant à Mgr Dupanloup et à certains de ses proches. Considéré peu à peu par ceux-ci comme étant « anti-révolutionnaire », Taine sera élu le 14 novembre 1878 en remplacement de Louis de Loménie. Mort peu avant son élection, Mgr Dupanloup aurait même songé à lui apporter sa voix.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «4 octobre 1873», correspondance-falloux [En ligne], 1873, CORRESPONDANCES, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, Troisième République,mis à jour le : 26/11/2020