CECI n'est pas EXECUTE 8 février 1878

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8 février 1878

Arthur de Cumont à Alfred de Falloux

8 février 1878

Cher ami,

L’aimable auteur de ces pages charmantes qui portent pour titre : Un homme d’autrefois1, présente son livre à l’Académie avec le désir très vif qu’il soit couronné, avec la crainte très sérieuse qu’il ne le soit pas. La composition de la commission d’examen l’inquiète ; il sait déjà qu’un des membres a dit de son volume : « c’est un livre d’émigré ! » Cependant vous comptez dans cette commission sinon des amis personnels, du moins des collègues rapprochés de vous par une certaine communauté de sentiments, et sur ceux-là vous pourriez peut-être agir en faveur de notre ami. Voici ses juges :

MM. Caro2 rapporteur ; Emile Augier3 ; Octave feuillet4, Saint René Taillandier, Legouvé5, Mézières6.

Il me semble que des six, trois ne seraient point hostiles a priori : MM. Caro, Octave Feuillet et Saint René Taillandier. Mais M. Mézières ? Mais M. Legouvé !! Mais M. Émile Augier !!! Enfin, cher ami, vous connaissez mieux que moi le terrain et les hommes, j’ai promis d’avance à Costa que vous feriez le possible pour que justice lui fut rendue.

Dites, je vous prie, à l’excellent M. Lemanceau7, combien je suis touché et reconnaissant de la lettre qu’il vient de m’écrire. Il ne m’en voudra pas de ne point lui répondre, quand il saura que depuis trois semaines je garde la chambre, et mon lit le plus souvent. Une succession d’accès de fièvre nerveuse ou rhumatismale m’a brisé, rompu, mis à néant, et ma pauvre tête succombe au moindre effort. Quel à-propos ! Et comme je choisis bien mon temps ! Néanmoins j’ai coupé la fièvre à force de quinquina, et j’espère ne pas jouer à ma chère fille le mauvais tour de mourir avant le 2 mars 8!

Adieu, cher ami, et à vous du fond de mon cœur.

A. de Cumont

1Costa de Beauregard Marie Charles Albert (1835-1909), historien et homme politique. Légitimiste et catholique, il avait été élu député de Savoie en 1871. Ayant refusé de se représenter en 1876, il se retira de la politique pour se consacrer à l'histoire de la Savoie et de la monarchie publiant plusieurs ouvrages, en particulier sur le roi Charles-Albert. Il est l’auteur de Un homme d’autrefois, 1877, ouvrage pour lequel il a obtenu le Prix Montyon de l’Académie Française.

2Caro Elme Marie (1826-1887), professeur de philosophie. Disciple de V. Cousin, il publia plusieurs ouvrages de philosophie spiritualiste et fut élu contre H. Taine à l'Académie française le 29 janvier 1874 en remplacement de Ludovic Vitet.

3Augier, Émile Guillaume Victor (1820-1889), poète et auteur dramatique, il obtint un prix Montyon pour sa comédie Gabrielle. Disciple de François Ponsard il était partisan de « l’école du bon sens » en réaction contre le drame romantique.; ses principales œuvres qui illustrent pour la plupart la morale bourgeoise sont La Ciguë (1844), Philiberte (1853), Les Effrontés (1861), Le Fils de Giboyer (1862), Maître Guérin (1864), Paul Forestier (1868), Madame Caverlet (1876), et, en collaboration avec Jules Sandeau, Le Gendre de M. Poirier (1854) ; il collabora aussi avec Labiche. Plusieurs fois candidat à l'Académie, soutenu par le parti libéral, Thiers, Rémusat, Mérimée, Sainte-Beuve, il fut élu le 31 mars 1857, par 19 voix contre 18 à V. de Laprade, candidat de V. Cousin, Montalembert, etc. Ce fut la voix de Musset qui assura l'élection d’Émile Augier. Il fut nommé sénateur à la fin de l'Empire ; il était Grand-Officier de la Légion d'honneur.

4Feuillet, Octave (1821-1890), romancier et auteur dramatique. Il fut le premier élu à l'Académie à titre de romancier, le 20 janvier 1862.

5Legouvé, Ernest Gabriel Jean-Baptiste (1807-1903), auteur dramatique et essayiste. Fils de l'académicien Jean-Baptiste Legouvé (1764-1812), il avait obtenu, en 1827, le prix de l'Académie pour son poème, Découverte de l'Imprimerie. Il était membre de l'Académie française depuis le Ier mars 1855.

6Mézières Alfred Jean François (1826-1915), essayiste et homme politique. Normalien, professeur de littérature étrangère à la Sorbonne, il fut l'auteur de plusieurs études sur Shakespeare, Dante et Goethe. Journaliste, il participa à la fondation du temps en 1864. Élu en 1881, député de Meurthe-et-Moselle, il siégea avec les républicains opportunistes et fut constamment réélu jusqu'en 1898. Devenu sénateur de ce même département en 1900, il continua de siéger avec le centre gauche. Élu à l'Académie le 29 janvier 1874 en remplacement de Saint-Marc Girardin, il fut reçu le 17 décembre 1874 par Camille Rousset.

7Jean-Baptiste Lemanceau est le régisseur du domaine de Falloux au Bourg d’Iré.

8Le jour du mariage de sa fille Elisabeth de Cumont ((1855-1880) avec Maxime de Gaigneron-Morin (1842-1908).


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «8 février 1878», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES, 1878,mis à jour le : 26/05/2021