CECI n'est pas EXECUTE 31 octobre 1840

Année 1840 |

31 octobre 1840

Ange de Damas à Alfred de Falloux

Hautefort, 31 octobre 1840

 

Vous avez pu me croire indifférent, Monsieur, à l’objet pour lequel vous avez eu la bonté de me consulter, à l’attention toute aimable que vous m’avez montrée en renvoyant l’histoire de Louis XVI1; mais le livre est arrivé longtemps après la lettre. Mais j’étais malade alors et quoiqu’assez bien portant aujourd’hui mes yeux ne me permettent point d’écrire.

Notre siècle serait heureux, notre avenir deviendrait prospère, si comme vous, les personnes qui partagent mes sentiments et qui professent mes principes cherchaient dans l’étude de l’histoire une règle à leur conduite en même temps que la connaissance de leurs devoirs.

Si je disais que j’ai trouvé dans votre livre tout ce que je voudrais qui y fût, je vous tromperais : si je disais que vous êtes toujours demeuré à la hauteur d’un sujet si important, je vous tromperais encore mais je ne vous trompe pas quand je fais des vœux pour que poursuivant vos études historiques et cherchant dans l’histoire de plus en plus à vous rapprocher du point de la providence dans les jugements qu’elle porte, vous vous rendiez de plus en plus capable de donner dans quelques années une nouvelle édition de votre ouvrage. Je sens qu’il est bien difficile de se lever si haut dans un siècle où l’amour de soi gravé dans les lois dans les mœurs ne nous permet guère de sortir de la sphère matérielle et positive que par des efforts presque surhumains. Mais cela se peut, et tout m’annonce que vous pourrez y arriver.

Vous avez parlé du procédé de Louis XVI à peu près comme les mémoires du temps : l’émigration de tant de Français passe comme inaperçue. Ces deux grands faits pourtant ne résultent point d’un accident ordinaire ; considérés d’un point de vue purement politique on peut y reconnaître une double faute : si la mort de Louis XVI n’est que celle d’un martyr on peut penser qu’elle était inutile, et si l’émigration n’était pour la noblesse qu’un simple abandon de ses droits c’était une faute. Mais si toute chair ayant corrompu sa voie, Louis XVI et sa noblesse s’étant par suite d’erreurs plus anciennes placés dans l’impossibilité de remplir leurs devoirs : n’était-ce pas une grande et simple expiation de mourir sur l’échafaud dans les combats et par la misère : si les fautes et les vertus des pères influent sur le sort des enfants, doit on penser que de généreux sacrifices ne porteront pas d’heureux fruits pour ceux qui viendront après nous.

Il y a dans votre livre des pensées politiques, il y en a d’énergiques, tout présage une œuvre [un mot manque]

et peu commune dans l’édition nouvelle que je voudrais voir paraître dans quelques années seulement.

Dans son état actuel votre livre m’a fait plaisir pourtant. Je le fais lire à ma fille et je le ferai lire à mes autres enfants.

Veuillez offrir mes respectueux hommages à Madame votre mère et recevoir, Monsieur, la nouvelle assurance de ma considération distinguée.

Le Baron de Damas.

1A. de Falloux venait de publier une biographie de Louis XVI (Paris, Delloye, 1840) qui devait connaître plusieurs rééditions.


 


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «31 octobre 1840», correspondance-falloux [En ligne], Année 1840, CORRESPONDANCES, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, Monarchie de Juillet, Années 1837-1848,mis à jour le : 26/05/2021