CECI n'est pas EXECUTE 17 juin 1860

Année 1860 |

17 juin 1860

Gustave de Beaumont à Alfred de Falloux

17 juin 1860, Beaumont La Chartre1

Mon cher ami,

Il y a un bon office que je crois que vous pourrez me rendre. Je suis persuadé que si vous le pouvez, vous le ferez. Si la chose est impossible, vous me pardonnerez mon indiscrétion. Voici dont il s'agit. En compulsant la correspondance d'Alexis  de Tocqueville, j'ai trouvé un certain nombre de lettres de Molé, dont quelque-unes sont très remarquables, l'une notamment qu'il a écrite à Alexis de Tocqueville, en 1837, alors que Tocqueville, candidat à la députation, se plaignait de l'appui que Molé président du comité donnait à sa candidature. Molé dans cette lettre répond avec une modération pleine de dignité, qu'il n'avait vu dans le jeune candidat qu'un parent, un ami pour le succès duquel il avait éprouvé une sympathie bien naturelle mais que le patronage de son administration ne s'imposerait pas à qui la repoussait etc. Tocqueville a répondu, Molé a répliqué; bref Tocqueville manque son élection; mais ce n'est pas là la question, ni là qu'est l'intérêt; le sujet importe peu, mais si j'en juge par les lettres de Molé, qui sont vraiment très belles, je pense que celle d'Alexis de Tocqueville écrites dans cette circonstance doivent être également remarquables; et cela m'a fait naître le vif désir de les posséder. Ce désir en a amené un autre. J'ai vu non seulement que les lettres écrites à cette occasion particulière mais encore par les lettres adressées par Molé à Tocqueville dans beaucoup de circonstances que leur correspondance, sans être régulière et fréquente, ne s'était cependant jamais complètement interrompue; et ceci m' a porté à désirer beaucoup d'avoir aussi, si cela était possible les autres lettres écrites par Tocqueville à Molé. Ces lettres ont probablement été conservée; car je n'ai pas jusqu'à présent trouvé une seule personne qui n'ait gardé précieusement tout ce qu'elle avait reçu d'Alexis de Tocqueville et qui ne m'en ait très gracieusement fait la remise en vue de la publication que je prépare. Si, comme je le pense, le comte Molé les avait conservées, elle doivent se trouver maintenant entre les mains de Mme de La Ferté2. Or quoique j'ai eu l'honneur de voir Mme de La Ferté chez le comte Molé, je n'ai jamais eu avec elle encore de ces relations particulières qui m'autorisât à m'adresser à elle pour lui soumettre ma requête. Je viens, mon cher ami, vous demander, si la nature de  vos rapports avec elle, que je crois être ceux d'une grande confiance mutuelle, vous rendrait possible d'intervenir officieusement en ma faveur pour obtenir  d'elle la communication dont il s'agit. Mieux que personne vous pouvez comprendre le prix que je mettrais à cette communication, vous qui venez d'accomplir (avec un succès inimitable) la publication d'une collection de lettres. Vous savez mieux que qui que ce soit combien est pénible pour l'auteur de la publication la moindre lacune. Il s'agit d'ailleurs ici d'une lacune considérable car de toutes les personnes avec qui Alexis de Tocqueville avait des rapports aucune n'était plus haut placée que Molé, et si comme  je le présume, les lettres qu'Alexis de Tocqueville lui a écrites sont susceptibles de publication aucune objection résultant des personnes, des choses et du temps, je crois qu'il ne pourrait résulter que beaucoup d'honneur pour lui, et si j'ose le dire pour Molé lui-même. Je me propose de publier mes deux volumes avant la fin de l'année et je commence l'impression au mois d'août3. Vous voyez, mon cher ami, dans quelle limite de temps ce que vous pourriez faire devrait être fait pour l'être en temps utile. Suis-je bien indiscret en vous adressant cette prière. En tous cas j'ai droit à votre indulgence. Si je juge mal ce qui est possible, c'est pour trop bien connaître votre parfaite bienveillance pour moi. Pardonnez-moi donc je vous prie, et, quoiqu'il arrive, croyez-moi toujours avec les intérêts (ou sentiments) les plus affectueux.

Votre bien sincère et tout dévoué de cœur.

Quand vous me répondrez parlez-moi un peu je vous prie de vous, de Mme de Falloux et de vos santés qui sont bien chères à tous vos amis.

Notes

1Commune de la Sarthe où G. de Beaumont est domicilié.
2Clotilde La Ferté-Meung (1810-1872) était la fille du comte Molé. Elle avait épousé Hubert Jacques Antoine Ferdinand marquis de La Ferté-Meung (1805-1884).
3Il s'agit des deux volumes de Œuvres et correspondance inédites d'Alexis de Tocqueville, publiées et précédées d'une notice par Gustave de Beaumont, Paris, Michel-Lévy frères, 1861.

Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «17 juin 1860», correspondance-falloux [En ligne], Second Empire, Année 1852-1870, Année 1860, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES,mis à jour le : 04/04/2013