CECI n'est pas EXECUTE 18 février 1885

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18 février 1885

Albert de Rességuier à Alfred de Falloux

Paris, mercredi des cendres, 18 février 1885

Cher ami, l'article ci-inclus du Gaulois de ce matin nous prouve que l'Univers a attaché à votre personne un de ses plus fins frères Fileurs qui n'est autre probablement que cette déplorable erreur de Mgr Dupanloup qui a nom Morimbeau, dit des Houx1. J'allais vous envoyer cet article et vous prévenir que L2. se proposait de servir, à la fois son amitié pour vous, et la rivalité du Figaro et du Gaulois, en démentant les principales indications du reporteur Veuillotin et notamment la succession embrouillée et la fusion du Monde et de la Défense quand nous est arrivé, d'abord par vos lettres, et presque en même temps, par le Moniteur de Rome, la nouvelle de votre audience de lundi. J'aurais voulu, d'après vos instructions, faire ajourner la note au Figaro mais je n'ai obtenu que la promesse d'une très grande réserve. J'ai tout lieu de croire que dans ces conditions, il ne sera rien dit qui puisse vous contrarier. Que de choses qui n'ont jamais été dites, vous avez dû dire pendant cette audience d'une heure 1/4 ! La conduite qui vous a été faste, ensuite, prouve que vous n'avez pas déplu. Puissent les actes nous prouver que vous avez été bien compris et que vous avez bien convaincu ! La pauvre Mme Craven vient de donner les plus vives inquiétudes. Les quintes de toux d'une grippe ont, subitement développé, dans la nuit de vendredi à samedi dernier, une infirmité intestinale qui a rendu nécessaire une très cruelle opération chirurgicale qui a été très longue, et pendant laquelle quoiqu'elle fût chloroformée, elle a failli mourir sous le bistouri. La Pcesse W[ittgenstein] et Mme Cochin3 sont ses garde-malades et assurent qu'elle est hors d'affaire et sauvée. Nous vous embrassons tendrement.

Al.

Mille remerciements à M. André des détails qu'il nous a donnés sur votre bonne installation à l'Hôtel de Rome. L'adresse de Mme Piccoli-Noël est rue ou place St Marc, n° 17.

Devons-nous toujours écrire poste restante et sous le couvert d'Ernest Bouin ?

Le duc de Broglie est parait-il plus affecté de son échec électoral4 qu'il ne paraissait l'être d'abord. On le presse de reprendre ses mercredi soirs ; mais il s'y refuse.  

Notes

1Durand-Morimbau, Henri dit Henri Des Houx (1848-1911), journaliste. Agrégé de lettres, puis professeur de rhétorique, il passe au journalisme en 1876. Après la publication de quelques travaux littéraires dans le Correspondant, il s'était vu confier le poste de rédacteur en chef de La Défense, le journal de Mgr Dupanloup. Suite au décès de l'évêque d'Orléans, il avait fondé La Civilisation, un journal légitimiste qui fusionnera avec Le Clairon. Peu de temps après, le comte Jules de Boursetty lui offrit la direction du Journal de Rome afin de contrer les idées jugées trop modérées du Moniteur de Rome. Victime de l'épuration de la presse intransigeante en 1885, il rédigea des Souvenirs d'un journaliste français à Rome.
3Adeline Alexandrine Marie Cochin née Benoist d'Azy (1830-1892). Elle était veuve d'Augustin Cochin qu'elle avait épousé en 1849.
4Sénateur de l'Eure depuis le Ier janvier 1876, A. de Broglie n'était pas parvenu à se faire réélire le 6 janvier 1885, battu de quelques voix par Lecointe, candidat républicain.

Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «18 février 1885», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, 1885, CORRESPONDANCES, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES,mis à jour le : 07/04/2013