CECI n'est pas EXECUTE 29 mars 1871

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29 mars 1871

29 mars 1871

Cher ami,

Dites-nous, ce dont vos lettres d'hier ne nous parlent pas, que votre santé n'a pas subi une sérieuse atteinte de la courageuse fatigue que vous êtes encore allé prendre au service de Madame du Soulier. La perte est-elle considérable et la malveillance est-elle, comme nous l'écrit Madame de Castellane, bien certainement étrangère au fait ? Quant au prisonnier de Dantzig, ne vous en préoccupez plus, puisque malheureusement il ne me remet pas sur la trace du seul personnage qui en valût la peine, celui qui veut bien prendre mon nom pour exercer l'escroquerie. Je vous demanderai même de garder entre nous le nom du jeune prisonnier angevin, car sa famille est très honorable et je ne veux point aggraver, pour mon compte, des chagrins qui ne sont probablement ni les premiers des derniers.

C'est encore un surcroît de calamités, que la maladie de l'évêque d'Orléans. Donnez-moi, je vous en prie, à son sujet, tous les détails qui peuvent éclairer sur la réalité de son état. Je prie Madame de Castellane et vous de ne point m'oublier dans vos communications de ce côté. Je suis très heureux de la délivrance de Chanzy1, pour notre honneur d'abord, et pour la netteté de notre situation ensuite. Les députés et les maires de Paris nous ont rendu un bien grand service en passant dans les rangs insurgés, que très probablement ils n'avaient jamais voulu quitter. Pétion2 a été l'un des principaux instruments de la perte de Louis XVI, et tant que l'Assemblée demeurera à Versailles, les rapprochements de cette époque nous poursuivront toujours. Segré se disposait à envoyer quelques volontaires au service de l'Assemblée, mais les trois premiers inscrits ayant été M. Barbier, ancien sous-préfet, M. Meignan, démissionnaire, et M. Robert, sous-préfet de Gambetta demeurait dans sa sous-préfecture, le zèle s'est subitement refroidi. On s'est dit : les deux premiers partent pour la conspiration bonapartiste, et le troisième pour la conspiration rouge. Et le mouvement s'est soudainement arrêté, excepté Arthur de Saint Genys3 qu'on m'assure être parti hier sur l'appel de Fitz-James4. Quant aux trois volontaires de Segré, je crois qu'on s'est trompé sur les intentions qu'on leur prête, et qu'ils partent bien d'accord pour retrouver ou consolider leur situation officielle. Que fait la Touraine ?

Je vous demanderais bien aussi : que font les Prussiens ? Si vous pouviez me le dire.

Voici le courrier qui arrive avec le petit billet de l'abbé Couvreux. Je suis bien heureux de leur départ, et je ne crois pas au nouveau ministère. Mille tendresses.

Alfred

 

1Chanzy, Alfred Antoine Eugène (1823-1883), général. Il fut nommé commandant de l'armée de la Loire pendant la guerre franco-prussienne. Élu des Ardennes à l'Assemblée nationale de 1871, il siégea au centre gauche. Le 10 décembre 1875, il sera élu sénateur inamovible. Son attachement au maréchal Mac Mahon et son hostilité à la politique anticléricale l'éloigneront peu à peu de ses amis du centre gauche.

2Jérôme Pétion de Villeneuvette (1756-1794), avocat, il fut maire de Paris de 1791 à 1792. Il avait été chargé, avec Barnave, de ramener Louis XVI à Paris après son arrestation .à Varennes

3Saint-Genys, Arthur Marie Camille, marquis de (1829-1887), peintre.

4Fitz-James, Édouard, Antoine, Sidoine de (1828-1906), propriétaire du château de la Lorie, près de Segré, en Maine-et-Loire, et donc voisin de Falloux auquel il était lié d'amitié.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «29 mars 1871», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, 1871, CORRESPONDANCES, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES,mis à jour le : 07/11/2014