CECI n'est pas EXECUTE 23 mars 1885

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23 mars 1885

Brest, 23 mars 1885

Permettez, Monsieur le comte, à un vieillard bien oublié, mais qui reconnaît avec le Père Lacordaire que les hommes ne peuvent nous donner rien de mieux que leur oubli ; permettez-lui, encore une fois, de vous dire combien il s'associe, du fond de sa retraite, à tout ce qui vous arrive d'heureux ou de malheureux. Je viens de lire dans le Correspondant du 10 mars les paroles où Léon XIII rend si bien justice à votre caractère, les yeux baignés de larmes de joie, chose rare dans ma longue vie, j'ai pensé à votre digne compagne enlevée trop tôt à votre amour, et je me suis demandé si elle a vu de là-haut l'accueil fait à son mari, souvent méconnu, persuadé que ce que je venais d'apprendre ajouterai un bonheur de plus aux bonheurs du ciel. Il y a donc encore des yeux qui savent reconnaître la vérité, des oreilles qui savent l'entendre, des hommes au-dessus l'ingratitude, si commune partout, même, hélas ! Parmi ceux qui se disent se croient de vrais chrétiens ! Enfin, après tant de services rendus à toutes les nobles causes, vous ne quitterez pas ce monde dans la consolation d'avoir été apprécié dignement par ce que vous défendiez avec autant de constance que de courage ! J'ai copié dernièrement en entier pour l'ajouter à vos œuvres, votre bel article sur la vie de Monseigneur Dupanloup, ce qui m'a donné l'occasion de repasser dans ma mémoire ces beaux états de service publiés sous le nom de Mélanges et discours1. Depuis 1850, j'ai votre portrait et celui de M. Montalembert devant mon petit bureau, et bien des fois aux heures de découragement, j'ai trouvé dans mes obscures épreuves, un enseignement, un exemple à suivre, en jetant un regard sur votre image et celle de votre ami. En cela encore je suis donc votre obligé, comme je l'étais, comme je le suis pour l'intérêt indulgent que vous n'avez cessé de me témoigner à partir du jour (1846) où votre parente, Mlle Maria de La Fruglaye2 vous adressa mon Livre des mères3.

Adieu, Monsieur le comte, sous le poids de soixante-sept années, je vous renouvelle avec l'effusion de la jeunesse l'assurance de mes sentiments d'admiration, de reconnaissance et de profond respect.

Hippolyte Violeau

1Il s'agit de Discours et mélanges politiques, Paris Plon, 1882. de plusieurs de ses discours et brochures. L'ouvrage comprenait deux volumes contenant plusieurs discours et brochures d'Alfred de Falloux.

2Religieuse de la Congrégation de Notre-Dame, Marie-Anne Maria de La Fruglaye (1810-1868) était petite-fille du marquis de Caradeuc de La Chalotais.

3Livre des mères et de la jeunesse. Poésies, 3ème édition, Paris, 1854, A. Bray


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «23 mars 1885», correspondance-falloux [En ligne], 1885, CORRESPONDANCES, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, Troisième République,mis à jour le : 23/10/2015