CECI n'est pas EXECUTE 21 juillet 1868

Année 1868 |

21 juillet 1868

Charles Eynard-Eynard à Alfred de Falloux

Gilly-Bursinol, Vaud, Suisse

21 juillet 1868

Mon bien cher ami,

Je viens de relire les lettres de Madame d'Edling1 et j'ai été un peu effrayé de ce que vous y trouverez sur le moment catholique auquel elle assistait dans le salon de Madame Swetchine. Vous y rencontrerez aussi une prévention si favorablement l'endroit, que vous pourrez m'accuser d'avoir voulu passer devant vous, avec une certaine habilité en vous prêtant ces pages, où le voile de la charité a évidemment embelli mon portrait. Vous saurez discerner le vrai au travers de sa grande bienveillance.

Vous verrez aussi dans sa lettre du 25 juin 1842 cette phrase où elle rappelle son désir que son nom ne paresse jamais tant aucune publication sur cette époque, et les personnes qui y ont vécu. Plus, je vis dit-elle, plus je m'aperçois qu'il faut tâcher de se faire oublier autant que possible.

Quand elle me fit cette recommandation elle ne l'appliquait qu'à la publication de l'avis de Madame de Krüdener2 dont elle ne croyait pas la date aussi éloignée qu'elle l'a été. Elle ne pensait pas être enlevée avant 1849, et je ne pense pas que le jamais dont elle se sert fut absolue, maintenant que son frère est mort ainsi qu'elle ; toutefois vous examinerez la question avec toute la délicatesse de votre conscience chrétienne dans l'usage que vous ferez de ses lettres. Je m'abandonne à vous, cher Alfred ; ma confiance mon affection et mon estime pour vous sont sans borne et je sais que vous y répondrez.

La première lettre de Madame d'Edling a été reliée par erreur à la fin du cahier. C'est celle du 26 novembre 1839.

Dans la crainte de vous avoir paru bien sévère pour les auteurs de la publication de la vie de Madame de Montagu3, je vous envoie la brochure qui me l'a fait apprécier sévèrement (voir page 107 etc).

Je vous recommande extrêmement et le manuscrit et la brochure que vous me renverrez dès que vous le pourrez, en avertissant par un mot l'expédition et du mode. Veuillez aussi m'avertir par un accusé de réception quand vous les aurez reçus. Si vous aviez quelques observations ou questions à me proposer, disposez de moi comme d'un ami qui vous est tendrement attaché.

Charles Eynard Eynard.

1Roxandre Skarlatovna Stourdza, comtesse Edling (1783-1866), patriote grecque et mystique. Elle avait été placée, dés l'age de seize ans, en qualité de demoiselle d'honneur près de l'impératrice Élisabeth, femme d'Alexandre. Sa correspondance avec Mme Swetchine commença avant son mariage avec le comte Edling. Ses Mémoires furent publiées plusieurs années après sa mort, Mémoires de la comtesse Edling (née Stourdza) demoiselle d'honneur de Sa Majesté l'impératrice Élisabeth Alexéevna, par Roxandra Edling, P. B.,publié par Impr. du St.-Synod, 1888, 284 pages.

2Krüdener, Juliane Beate Barbara von, née von Vietinghoff (1764-1824), femme de lettre, russe d'origine et d'expression française, elle avait eu une correspondance avec Mme Swetchine publiée en partie dans le livre publiée par Falloux, Lettres de Madame Swetchine, Paris, Didier, 1862. Ch. Eynard avait par ailleurs écrit une Vie de Madame de Krudener, Paris, Cherbuliez, 1849,

3Lady Mary Wortley Montagu (1689-1762), femme de lettres britannique.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «21 juillet 1868», correspondance-falloux [En ligne], Second Empire, Année 1852-1870, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES, Année 1868,mis à jour le : 14/12/2016