CECI n'est pas EXECUTE 12 janvier 1880

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12 janvier 1880

Alfred de Falloux à Couvreux

12 janvier 1880*

Cher Monsieur l’abbé, ma volonté est bien arrêtée d’aller assister à l’éloge de l’évêque d’Orléans1, de prendre part au scrutin, dans lequel nous essaierons de faire passer un des adversaires de M. Ferry au Sénat, soit M. Wallon, soit M. de Laboulaye2 et je ne suis par moins résolu à profiter de l’aller ou du retour pour une station à Rochecotte, mais tout cela est subordonné à un état de plus en plus précaire. Après avoir passé trois semaines sans pouvoir quitter sa chambre, à cause de souffrance très diverse, Mme de Caradeuc de vient d’avoir huit jours de mieux, qui lui ont permis de passer chaque soir une heure ou deux dans ma chambre et ce matin, on me dit que la nuit est redevenue mauvaise et que l’enflure la gêne de nouveau beaucoup. Dans de telles alternatives, vous imaginez aisément ce que sont des projets ! Soyez sûrs, en tout cas, et dites-le bien à Madame de Castellane que tout ce que vous me dites d’Antoine [de Castellane] ne pourrait qu’augmenter mon désir, si cette augmentation était possible.

La lettre du duc Pasquier3 est très bonne et ses intentions sont excellentes ; toutefois je suppose qu’il ne faut pas nous préparer à ce qu’on pourrait appeler une fête du cœur et que nous devons être très contents, si le mauvais usage que l’on fait, à cette heure-ci, des vieux parlements ne porte pas un Pasquier à s’en trop prévaloir.

Vous devez retrouver si incluses les deux lettres confiées ; je vais écrire un mot à la pauvre Forbin4, dont le souvenir dans une si cruelle épreuve me touche beaucoup.

Soignez-vous, cher Monsieur l’abbé, et ne me rangez jamais parmi ceux qui font passer leur satisfaction avant la crainte de vous fatiguer.

 

*Archives nationales. Fonds Castellane.

2Laboulaye Édouard-René Lefèbvre (1811-1883), jurisconsulte et homme politique. Il collabora au Journal des Débats et fut un des fondateurs, en 1860, de La Revue nationale. Bien qu’il fût l’un des protagonistes de l’Union libérale, il ne se présenta pas aux élections de 1863. Candidat lors d’une élection partielle en 1866, il échoua comme en 1857, 1864, puis 1869. Élu le 2 juillet 1871, il siégea au Centre gauche avec des républicains soucieux comme lui d’ordre et de liberté. Proche de Thiers, il fut partisan d’une République « présidentielle ». Élu sénateur inamovible (décembre 1875), il continua de siéger au Centre gauche et s’opposa, en 1877, à Mac-Mahon, mettant en garde l’Assemblée contre les dangers du pouvoir personnel.

3Edme Armand Gaston, duc d'Audiffret-Pasquier (1823-1905), homme politique français. Auditeur du conseil d’État de 1845 à 1848. Membre du Conseil d'administration des mines d'Anzin. Il devient député de l'Orne en 1871. Inscrit au centre-droit, il contribua à la chute de Thiers. Favorable à la fusion et à la restauration d'une monarchie constitutionnelle, il se résigna, en raison de l'attitude intransigeant du comte de Chambord au vote de la loi du septennat et contribua à la chute du ministère Broglie. Partisan d'une conciliation avec le centre-gauche, il est élu à la présidence de l'Assemblée nationale le 15 mars 1875 et neuf mois plus tard il est élu sénateur inamovible. Il sera élu à l'Académie française le 24 décembre 1878 au fauteuil de Mgr Dupanloup.

4Forbin d'Oppède, Roselyne (1822-1884), marquise. Historienne, elle écrivit aussi sous le nom de L. Maynier. Elle était poche des catholiques libéraux. Voir l'ouvrage que J.-M. Palanque a consacré à sa correspondance, Une catholique libérale du XIXe siècle : la marquise de Forbin d'Oppède d'après sa correspondance inédite, Louvain-la-Neuve et Leuven, 1981. Elle venait de perdre sa mère.


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «12 janvier 1880», correspondance-falloux [En ligne], Troisième République, BIOGRAPHIE & CORRESPONDANCES, CORRESPONDANCES, 1880,mis à jour le : 18/04/2019